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Augmentation de la pauvreté : 14% des habitants du 06

par Alain TIBERTI 20 Mai 2014, 09:39 Editoriaux

 

Texte de la prochaine Conférence de presse de juin : Première partie

 

Enquête menée par des militants (CFDT, CGT, FGR/FP, FSU, UNSA) de l’Intersyndicale des Retraités des Alpes Maritimes auprès de 5 associations caritatives du département (Compagnons d’Emmaüs, Croix Rouge française, Restaurants du Cœur, secours Catholique, Secours Populaire) en février/mars 2012 et complétée depuis.

 

Les Alpes Maritimes en régression, PACA n°3 des Régions pauvres

Il est des réalités qui dérangent et que donc certains refusent de voir Ainsi la pauvreté dans notre département des Alpes Maritimes : elle concerne 14% des habitants (3 points de plus que la moyenne nationale) soit 140 000 personnes. Plus dérangeant encore en 2011 la Banque Alimentaire à distribué 1150 tonnes de nourriture dans les AM à travers son « réseau » de 104 associations ou CCAS, l’équivalent de 2 300 000 repas à 20 000 personnes. Pour 2012 elle prévoit d’en distribuer 1500 tonnes (+20%) soit 3 000 000 de repas par l’intermédiaire de 110 relais. Manifestement la pauvreté augmente bien plus fortement que le PIB! D’ailleurs de 2008 à 2013 en France le nombre de bénéficiaires des principaux minima sociaux a augmenté de 28% (de 2,7 à 3,4 millions de personnes et les personnes âgées en représentent désormais environ 600 000 soit 17%).

Toutes les catégories d’âge sont touchées, les retraités aussi.

 

Pourquoi une enquête et sur quel sujet?

Les informations disponibles, que ce soit celles fournies par des organismes publics (INSEE, COR, etc.) et par nos organisations, ou celles issues de nos discussions avec nos adhérents lors de permanences syndicales ou de rencontres à l’occasion de distribution de tracts sur les marchés ou de manifestations nous permettent de constater une dégradation continue du revenu de la plupart des personnes âgées. Voire la paupérisation d’un grand nombre d’entre elles.

C’est un renversement notable de tendance puisque, depuis la Libération jusqu’à la fin des années 90, leur situation s’est globalement améliorée.

En effet désormais l’indexation des pensions sur les prix (et le mode de calcul discutable de la hausse des prix), l’augmentation des tarifs des mutuelles et du forfait hospitalier, le déremboursement de nombreux médicaments amputent le pouvoir d’achat. Sans oublier les différentes réformes des retraites depuis 1993 dont les effets pervers commencent à se faire pleinement sentir.

A cela s’ajoute le non relèvement des tranches du barème de l’impôt sur le revenu qui a rendu imposables des gens qui ne l’étaient pas du fait de la faiblesse de leur revenu. Certes les sommes à payer sont généralement faibles mais les personnes perdent des aides ou des exonérations qui les aidaient à vivre.

Enfin le prélèvement de 0,3% destiné en principe à financer l’APA (et dont une partie a d’ores et déjà été détournée) et le recul de la date de revalorisation des pensions (de janvier à avril puis d’avril à septembre) pour arriver au gel pur et simple de cette revalorisation jusqu’à 2015 annoncent des années sombres pour la plupart des retraités.

 

Comment mesurer le phénomène? La crise économique actuelle l’amplifie t-il ? Quelles sont difficultés majeures auxquelles doivent faire face les personnes âgées ? Que demandent- elles en priorité ?

Ce sont ces questions que nous sommes allés poser aux associations.

D’entrée toutes nous indiquent une demande accrue de secours tous âges confondus, de 4 à 10% par an pour celles qui tiennent des statistiques. Une association constate que si le nombre de personne qui a recourt à elle augmente relativement peu, les demandes sont de plus en plus grandes, autrement dit le degré de pauvreté s’accentue.

En ce qui concerne les personnes âgées leurs difficultés ne sont pas faciles à cerner. Tous nos interlocuteurs soulignent leurs réticences à solliciter quoi que ce soit[1], elles viennent rarement dans les permanences, les centres de distribution et cela s’accentue avec l’âge. Elles répugnent à s’inscrire, donner leur identité. Elles sont humiliées de se sentir à charge après une vie de labeur. Du coup elles se manifestent plus volontiers lors des « maraudes ».

Certaines cependant s’y rendent de manière relativement régulière et y restent plus que le temps nécessaire pour prendre les produits ou les renseignements dont elles ont besoin. Elles viennent aussi chercher de la présence humaine, un échange avec les autres pour rompre leur solitude. Mais aussi peut-être pour se réchauffer, nous y reviendrons.

Quelles sont-elles ? Les catégories sociales sont variées, des salariés modestes en majorité. Des commerçants aussi qui ne peuvent plus compter sur la vente de leur boutique pour s’assurer une retraite sûre. Beaucoup de personnes seules, de veuves qui ne bénéficient que d’une maigre pension de réversion, mais aussi de divorcées, par exemple des fonctionnaires avec des carrières incomplètes (pour suivre le mari ou élever les enfants).

Si le logement est une lourde dépense pour les personnes âgées locataires, les propriétaires ne sont pas à l’abri. En effet l’augmentation des charges, la mise aux normes des ascenseurs en particulier, sans parler de la hausse impôts locaux, entraine des dépenses parfois impossibles à assumer, il faut alors vendre, si on peut. Ce qui n’est pas toujours possible lorsque le logement se situe dans un quartier peu coté. Et pour aller où ? La solution du viager occupé n’est guère attractive pour les débirentiers.

 

Et une fois le logement assuré ?

Comme nous avons eu l’occasion de le démontrer lors de notre conférence de presse du 26 mars 2009 (cf. le site http//dirpareferences.overblog-.com/), dans les Alpes Maritimes plus qu’ailleurs, lorsque les dépenses de logement ont été réglées le « reste à vivre » est réduit à la portion congrue et laisse souvent de nombreuses personnes âgées face à des choix impossibles. Tous nos interlocuteurs soulignent d’ailleurs le manque dramatique de logements sociaux dans notre région, manque qui pénalise d’ailleurs toutes les catégories d’âge.

Certaines dépenses peuvent être évitées ou allégées grâce justement à l’action des associations : alimentation[2], habillement, mobilier (y compris télévision) même s’il faut pour cela effectuer une demande ce qui, nous l’avons vu, est parfois un Crèvecœur.

Mais d’autres sont carrément abandonnées ou réduites au strict minimum. Le chauffage par exemple qui devient un luxe avec la hausse des prix du fioul, du gaz ou de l’électricité.

Tout aussi grave est l’impossibilité de se soigner correctement. Notamment face à trois problèmes liés à l’âge : les soins ophtalmologiques, dentaires et auditifs. Que ce soit pour des lunettes ou des prothèses les remboursements de la Sécurité Sociales sont faibles. Très souvent il n’y a pas de mutuelles, dont les tarifs ont considérablement augmenté ces dernières années, ou alors, toujours question de prix, elles ne couvrent qu’imparfaitement les dépenses engagées. Dans tous les cas faute de soins adéquats les pathologies s’aggravent et deviennent souvent invalidantes.

Et que dire des médicaments catalogués « de confort » ? En particulier ceux destinés à traiter les problèmes de circulation sanguine. Atténuer les douleurs liées à l’artérite serait donc désormais un privilège inaccessible aux pauvres ? Et devoir vivre dans le froid/l’humidité un moyen d’échapper aux maladies ? Ou au contraire un moyen de plomber un peu plus les comptes de la Sécu ?

Vieillir en bonne santé deviendrait’ il devenu un luxe ?

Jusqu’en 2006 l’espérance de vie sans incapacité(ESVI) n’a cessé d’augmenter, depuis elle se dégrade, lentement d’abord puis plus rapidement depuis 2008 comme en témoigne ce tableau (source INED) :

 

       Espérance de  vie                                                dont  Vie   en bonne santé
  2008 2010 2008 2010
Hommes          77.8 78.2 62.7 61.9
Femmes 84.8 85.3 64.6 63.5

Si l’espérance de vie continue d’augmenter il devient difficile d’en profiter pleinement semble t-il.

 

L’âge de la retraite serait-il celui où l’on n’est plus en bonne santé ?

Pour faire face de plus en plus de personnes d’un certain âge mais aussi des retraités ont recours aux « petits boulots » voire aux « jobs d’été » et on commence à voir des têtes grises là ou autrefois on ne trouvait que des jeunes, en particulier des étudiants en quête d’un complément de ressource à l’heure où les frais de scolarité augmentent considérablement (depuis l’inscription en établissement d’étude supérieures, jusqu’aux fournitures scolaires sans parler du logement). Les « vieux » en concurrence avec les « jeunes » pour leur survie ? C’est ce qui ressort d’observations menées par le syndicat étudiant l’UNEF et que la presse note aussi (cf. Nice-Matin du 26/03/2014, Alternatives Economiques de mars 2014).

Autre signe, davantage alarmant encore, de plus en plus de personnes non seulement prospectent les fins de marché afin de récupérer quelques fruits et légumes, mais sont « toujours plus nombreux à fouiller les poubelles » comme le titrait un article de Nice-Matin le 17 avril 2014.

Dans les deux cas il ne s’agit pas seulement de SDF, des clochards « classiques » d’autrefois, mais de personnes socialement intégrées, de tout âge et sexe et de toute condition sociale ou presque, en particulier de retraités auxquels leurs revenus disponibles ne laissent guère le choix.

 

[1] Sauf pour les « néo-retraités». Seraient-ils moins complexés ? Ou alors, subissant la dégradation des montants des retraites et pensions, ils auraient besoin d’aide plus tôt ?

[2] Encore que…les SDF ne sont pas les seuls à fouiller les cagettes laissées sur place à la fin des marchés.

Augmentation de la pauvreté : 14% des habitants du 06
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