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Une nouvelle étude de l’Institut Montaigne

par Guy Muller 21 Juillet 2015, 19:13 Les articles de Référence

 

L’institut Montaigne se penche sur le sort des Retraités. Il met en évidence des données connues mais en forçant le trait pour prouver des « évidences » conformes à la doxa libérale. Nombre d’incohérences sont contenues dans ce rapport qui commence par dénoncer le trop grand nombre d’inactifs à l’âge de 60 ans. Il préconise diverses mesures pour remédier au sois-disant "consensus existant" entre employeurs et salariés en prolongeant les durées d’activité. La progression du chômage de masse échappe à l’étude, tout comme la situation étrange d'un nombre toujours plus grand de jeunes chômeurs dont le nombre progresse sans cesse.

L’Institut Montaigne a été créé par Claude Bébéar, patron du groupe Axa. Il est subventionné par une centaine d’entreprises : assureurs, banques, et très grandes sociétés. Son orientation ne fait aucun doute mais ses affirmations étant reprises dans la presse, il est nécessaire d’en montrer les erreurs.

 

Les retraités sont propriétaires de leur logement à 75% et possesseurs de richesses importantes

 

De fait, les seniors sont aujourd’hui le segment qui détient l’essentiel des richesses du pays. En France, les revenus des 65 ans ou plus sont identiques à ceux des 25-49 ans (en Allemagne, ils sont 14 % inférieurs). Les plus de 60 ans possèdent 54 % du patrimoine financier des Français. Enfin, 75 % des retraités sont propriétaires de leur logement contre 58 % des Français en moyenne. Ces affirmations permettent de programmer le poids économique des retraités à 14% du PNB. Comme ils disposent de réserves on peut leur taper dessus plus facilement.

La dernière livraison des Analyses de l’INSEE publiée annonce avec franchise la bonne nouvelle. Les pensions des retraités seront contenues à 14% du PNB d’ici à 2060, grâce aux diverses réformes, effectuées ces dernières années. Nous savons que la menace « grise » est à la base de nombreux fantasmes, tout comme les calculs savants prouvant une augmentation continue du nombre de vieux. Or l’âge de la vieillesse est un critère important qui comme celui de la retraite, fait l’objet de reports successifs. Alors que de nombreux pays se battent pour rendre leurs frontières intangibles, l’âge du retrait est reporté de façon inexorable, pour que la marée grise ne progresse pas. On voit que le rapport de l’Institut Montaigne apporte sa pierre à l'objectif de réduction des avantages des retraités.

Toutefois, les pensions vont évoluer moins rapidement que les revenus d’activité et l’écart entre les deux sera plus important dans les scénarios de croissance plus forte. Similaire en 2010 à celui des actifs, le niveau de vie moyen des ménages de retraités n’en représenterait plus que 85 % à 70 % en 2060, selon que les gains de productivité s’élèveront respectivement à 1 % ou 2 % par an. D’ici 2060, le niveau de vie des retraités devrait se situer entre 70 % et 85 % de celui des actifs selon le scénario économique.

http://dirpareferences.over-blog.com/2014/04/pouvoir-d-achat-des-retraites-une-regression-programmee.html

Une nouvelle étude de l’Institut Montaigne

Leur poids dans la société va devenir insoutenable

 

En 2045 : 31% de la population aura plus de 60 ans

 

Ce poids démographique est contestable car selon l’étude nous sommes déjà vieux à 60 ans. C’est oublier volontairement que l’Institut Montaigne, dans la première partie de son étude, veut prolonger la durée d’activité au-delà des 60 ans. Pour quelle raison le stock de retraités est-il mesuré à 60 ans ? Alors que les gérontologues situent actuellement l’âge de la vieillesse à 70 voire 75 ans. En conséquence l’étude omet de mentionner que l’âge de la vieillesse est une frontière variable. Comme l’âge de la retraite est reculée constamment, pour quelle raison l’étude ne considère pas le nombre de retraités à 65 ans, 67 ans, 70 ans ? Pour l’âge du départ à la retraite, les nouvelles dispositions conduisent les futurs retraités à partir à 67 ans, sauf carrières longues. En conséquence de quoi, ce poids insupportable doit être revu à la baisse. Jérôme Pellissier a d’ailleurs souvent bataillé contre des bêtises fréquemment affirmées. Les assureurs regardent avec envie un marché substantiellement important pour placer de nouveaux produits. En rendant la retraite la plus longue possible, on crée l’angoisse propice à l’investissement protecteur : retraite, enterrement, transmission. Axa siège d’ailleurs dans l’Institut Montaigne.

 

L’espérance de vie approcherait les 100 ans !

 

En février 2010, Laurence Parisot, présidente du Medef, vient de révolutionner la démographie française. Le Journal du dimanche nous rapporte en effet ses propos :

« Il faut changer l’âge légal de départ à la retraite [...] L’espérance de vie approche les 100 ans, comment imaginer trente ou quarante ans sans travailler, et les financer en restant inactif ? Relevons l’âge légal, cela entraînera une hausse du taux d’activité des seniors, comme tout le monde souhaite. »

Vous pensiez encore, en vous fiant aux chiffres publiés par l’INSEE ou l’INED, que l’espérance de vie à la naissance tournait autour de 80 ans ? Vous croyiez également que l’espérance de vie sans incapacités se baladait autour de 63 ans ? Et vous aviez même dans un coin de l’esprit l’idée, totalement surannée désormais, que l’espérance de vie sans incapacités des ouvriers se situait quant à elle autour de 58 ans ?

Balayez donc toutes ces croyances : l’espérance de vie, c’est 100 ans, pour tout le monde, pour les hommes comme pour les femmes, pour les ouvriers comme pour les cadres, et en pleine forme pour tout le monde, ce qui justifie largement qu’on puisse travailler au moins jusqu’à nos 80 ans.

Taper sur le même clou pour préparer de nouvelles indignités

Taper sur le même clou pour préparer de nouvelles indignités

 

Les fariboles développées par l’Institut Montaigne laissent de côté une évidence. Si le nombre de retraités de plus de 60 ans à la charge de la société représentera 31% de la population en 2045, ils ne disposeront pourtant  que de 14% de la richesse du pays. Et comme ils travailleront jusqu’à 67 ou 70 ans leur apport en travail sur une plus longue durée est complètement escamoté. L’effet de la désindexation des retraites par rapport à la croissance de la richesse, représente déjà une perte de 22% sur la durée d’une retraite moyenne.

Il est amusant de constater une contradiction, entre le maintien de l’âge de 60 ans pour élaborer une statistique, tandis que les politiques entretiennent une idée de longévité digne de Mathusalem. L’objectif étant d’allonger la durée du travail bien au-delà des 60 ans. Pour quelle raison l’âge retenu dans la statistique est il toujours celui des 60 ans ? En repoussant l’âge du départ à la retraite, on diminue le nombre de personnes à la charge des systèmes de retraite. En réalité, le report de l’âge du départ, continue à modifier le nombre de retraités. Ainsi leur poids sur les actifs se modifie sans cesse, sans peser sur le PNB.  

 

 

L’âge de la retraite devrait coïncider avec la mort

 

Après six réformes successives l’âge de la retraite est pourtant repoussé de trois années. Ceux qui débutent tard dans la vie active devront travailler jusqu’à 67-70 ans. Ils seront de plus pénalisés par les malus diminuant leur retraite avec la prise en compte des périodes d’inactivité.

http://dirpareferences.over-blog.com/2015/05/consequences-des-reformes-de-retraites-sur-l-age-de-depart.html

Ces vastes démonstrations n’ont qu’un seul objectif : créer une peur diffuse pour obliger les futurs retraités à épargner plus. Or le taux d’épargne des français est un des plus élevé du monde et il ne contribue guère à l’investissement créateur d’emplois. Elles permettent de stigmatiser la « richesse » des retraités qui ont accumulé en travaillant de plus en plus longtemps par rapport aux actifs. Ces actifs qui devraient obtenir les mêmes droits et avantages, peut être au bout d’une seule année de travail !! Comparaison n’est pas raison et ce raisonnement pervers conduit les actifs à payer des cotisations mutualistes trois fois  moins chères que celles des retraités.
 

La baie des Anges au siècle dernier

 

La guerre des âges, toujours

Nos patrimoines sont trop élevés, par rapport aux actifs, rendus jaloux par ces comparaisons. Il faut donc impérativement  diminuer les pensions de façon « insensible » pour atteindre l’objectif visé par les pouvoirs publics. On exacerbe les tensions dans une guerre des âges dont les effets sont lisibles dans l’étude de l’INSEE précitée. Dans un univers « presse bouton », il devient facile de comparer la situation d’un actif travaillant depuis une année à celle d’un retraité ayant travaillé toute sa vie.

Ces belles idées trouvent donc leur aboutissement dans la prospective balisée par les multiples réformes des régimes de retraite. Sauf que les actifs deviendront des retraités et qu’ils sont les perdants des mécaniques mises en place…

Voyagez en Scandinavie cet été !!

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