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Une nouvelle concentration de la richesse

par Guy Muller 18 Janvier 2016, 17:40 Les sites de REFERENCE

 

Inégalités : 62 super-riches possèdent autant que 3,6 milliards de personnes

 

Selon une plaisanterie attribuée à l’économiste Joseph Stiglitz : « Maintenant, un bus suffit pour rassembler les milliardaires qui possèdent la moitié des richesses mondiales. »

 

 

1% de la population possède plus de 50% de la richesse

 

Ce n'est plus moitié-moitié. Plus de 50% des richesses du monde est désormais possédée par 1% de la population mondiale. Avec un an d'avance sur les prévisions, le patrimoine cumulé des 1% les plus riches du monde a dépassé l'an dernier celui des 99% restants, indique ce lundi l'ONG britannique Oxfam.  

 

« L'écart entre la frange la plus riche et le reste de la population s'est creusé de façon spectaculaire au cours des douze derniers mois », constate un rapport de l'ONG intitulé « une économie au service des 1% », publié à l'approche du Forum économique mondial (WEF), qui débute mercredi à Davos.

 

En illustration du creusement spectaculaire des inégalités et de leur accélération ces dernières années, l'ONG a calculé que « 62 personnes possèdent autant que la moitié la plus pauvre de la population mondiale », soit 3,6 milliards de personnes, alors que « ce chiffre était de 388 il y a cinq ans », souligne Oxfam. L'ONG tient compte, pour établir ses calculs, des actifs détenus moins les dettes, une méthode critiquée l'an dernier par plusieurs économistes.

L'ONG appelle les participants au forum de Davos à agir: « Nous ne pouvons pas continuer à laisser des centaines de millions de personnes souffrir de la faim, alors que les ressources qui pourraient les aider sont amassées par quelques personnes en haut de l'échelle », affirme Manon Aubry, chargée des questions de justice fiscale et d'inégalités chez Oxfam France.

Pour faire face à cette croissance des inégalités, Oxfam appelle notamment à mettre un terme à « l'ère des paradis fiscaux ». Les gouvernements, entreprises et élites économiques présents à Davos (doivent s'engager) à mettre fin aux paradis fiscaux.

Bonne et heureuse année 2016 à tous
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L’OCDE renforce ce constat

 

En mai dernier, l’OCDE avait publié un rapport sur les inégalités dans le monde. Sa méthodologie est totalement différente mais l’institution arrivait aux mêmes conclusions. « Au cours des 30 dernières années, les inégalités de revenu se sont creusées dans la plupart des pays de l’OCDE, pour atteindre parfois des niveaux historiques. Le coefficient de Gini – une mesure courante des inégalités de revenu qui varie entre 0 lors d’une égalité totale de revenu et 1 lorsque le revenu total va à une seule personne – s’élève aujourd’hui en moyenne à 0,315 dans les pays de l’OCDE. Il dépasse 0,4 aux États-Unis et en Turquie et frôle 0,5 au Chili et au Mexique ». Tandis que les 1 % s’enrichissent, 40 % de la population mondiale s’appauvrit, était-il rappelé.

 

Les salariés et des travailleurs ne sont plus associés aux gains de l’innovation, de la technologie, de la croissance, de la productivité. Leurs revenus ont totalement décroché de l’expansion connue ces trente dernières années. L’essentiel a été capté par les détenteurs de capitaux. Les chiffres cités par Oxfam sont là encore impressionnants. Entre 1988 et 2011, les 10 % les plus riches dans le monde ont capté 46 % de la croissance des revenus. Dans le même temps, les 10 % les plus pauvres n’en recevaient que 0,6 %.

 

La crise a encore accentué le fossé. Tandis que les plus pauvres payaient lourdement les conséquences de la crise financière, les milliards déversés par les banques centrales pour relancer la machine économique étaient préemptés par les grandes fortunes. Le secteur financier en a été le principal bénéficiaire. Désormais, un milliardaire sur cinq est lié au secteur financier, selon le rapport d’Oxfam.

 

Les PDG des grands groupes participent aussi activement au système, s’octroyant des salaires démesurés, sans comparaison avec le reste des salariés. Les écarts peuvent aller jusqu’à 300 ou 400 fois, au sein d’un même groupe. Début janvier, la presse britannique soulignait ce fossé criant : en 22 heures, les patrons britanniques des plus grandes firmes avaient gagné le salaire moyen annuel d’un salarié.

 

Ce 1 % constitue désormais un monde à part. Il a ses conseils, ses avocats, ses gestionnaires de fortune. Toute une industrie fiscale, comptable, juridique s’est organisée autour d’eux pour les aider à recycler les fortunes dans les paradis fiscaux, à échapper par tous les moyens à l’impôt, à ne pas participer à l’intérêt général. D’après les estimations de l’économiste Gabriel Zucman, 7 600 milliards de dollars sont détenus sur des comptes offshores par des particuliers. Parmi les mesures à prendre, Oxfam estime qu’il est urgent d’en finir avec les paradis fiscaux et d’élaborer une harmonisation de la fiscalité au niveau mondial pour les multinationales.

Une nouvelle concentration de la richesse
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Des connivences avec les pouvoirs publics

 

 La concentration du pouvoir économique ne fait que servir davantage les intérêts de ces mêmes secteurs d'activité, entreprises et particuliers, en créant un cercle vicieux et injuste qui pérennise et renforce le contrôle des marchés et des ressources économiques par une élite au détriment d'autrui », accuse Oxfam qui dénonce une économie au service des 1 %. Ceux-ci obtiennent des pouvoirs économiques, des passe-droits, des fortunes sans rapport avec leur mérite. « Il n’est pas toujours nécessaire de procéder à de lourds investissements en matière de travail, d’efforts et de créativité pour obtenir des retours lucratifs et se hisser à une position de puissance et d'avantage économique. En fait, il arrive que la création de revenus et de richesses soit presque intégralement déconnectée de toute productivité ou valeur ajoutée », insiste l’ONG.

 

La connivence, les réseaux, la proximité avec les pouvoirs publics permettent, bien plus que les vraies innovations, de se fabriquer des situations de rente et d’enrichissement personnel. Une importante partie des grandes fortunes dans les pays émergents se sont ainsi constituées autour de l’immobilier, des exploitations minières, des privatisations, des concessions, en un mot des secteurs étroitement liés à des autorisations d’État, souligne Oxfam. Mais bien des exemples comparables pourraient être trouvés aussi dans les pays développés. Des noms viennent spontanément, si l’on songe à la situation de la France. « Si l’on regarde la richesse des particuliers qui provient à la fois de secteurs dépendant de l'État et de pays exposés à la corruption ainsi que l'extrême richesse qui a été héritée et non "gagnée", Oxfam estime qu'au moins 50 % de la fortune des milliardaires du monde pourrait avoir été acquise au moins en partie par des moyens non méritocratiques ».

 

Toutes les grandes organisations internationales – OCDE, FMI, banque mondiale – s’accordent désormais pour considérer que le creusement des inégalités a atteint un tel niveau qu’il devient contre-productif, même en termes économiques. Toutes se disent favorables à une meilleure redistribution des revenus, au moins à un retour à l’égalité des chances. Pourtant, année après année, les mêmes chiffres scandaleux d’accumulation de richesses dans un nombre de mains de plus en plus restreint sont publiés.

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