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La télévision déclare une autre guerre des âges

par Guy Muller 7 Juin 2016, 19:00 Les auteurs de REFERENCE

 

Mardi 31 mai, France 2 a diffusé pour la première fois L'Angle Éco en début de soirée. Dès 20h55, François Lenglet, que l'on retrouve tous les jours dans RTL Matin, s'intéresse à la guerre des âges. C’est ainsi que le titre du livre de Jérôme Pellissier est détourné pour en inverser le sens. À cette occasion, l'institut Elabe a réalisé un sondage sur "Les Français et la situation des jeunes", pour RTL et France 2.

Ce sondage porte un regard négatif sur les conditions actuelles de vie. Un avis partagé par la plupart des classes d’âges, hormis les personnes âgées de plus de 65 ans qui sont une majorité à estimer vivre mieux que leurs parents (52%). Les 18-24 ans sont quant à eux plus partagés quant à leurs conditions de vie : 42% d’entre eux pensent qu’ils vivent mieux que leurs parents alors que 45% répondent vivre moins bien.

 

Une mise en image fallacieuse

 

Le film de France 2 présente un bateau de croisière où des retraités mènent une vie de farniente en décrivant le faste de cet hôtel flottant. Il s’agit du navire Preciosa qui est basé en Méditerranée. Comme dans une publicité, la dizaine de ponts est survolée, avec une visite des salons, chambres avec balcon, bars, restaurants et théâtre. Les enregistrements de retraités au bord de la piscine permettent d’apprécier l’intensité du pouvoir de désinformation d’une chaine d’information publique. En effet la vie idyllique offerte aux spectateurs ne concerne qu’une faible proportion de la population des retraités. Rien n’est jamais dit du montant moyen mensuel des retraites en France qui sont quatre à six fois plus faibles que le prix payé pour une croisière d’une seule semaine.

Rien n’est dit de la masse des autres retraités condamnés à l’exclusion sociale et économique. Rien sur le taux de suicide des personnes âgées, l’isolement, la perte de repères et le repli causés par de faibles ressources. L’évitement des remèdes et le délabrement de leur santé : dents, audition, yeux, froid du logement, nourriture insuffisante. Une enquête auprès des organisations caritatives et des banques alimentaires aurait donné une autre vision des personnes âgées.

Enfin la confrontation entre l’âge d’or des vieux (en croisière) et celle des jeunes intérimaires, apprentis, acteurs de petits boulots, obligés de vivre chez leurs parents, tend une corde extrême à des fins de persuasion des auditeurs-spectateurs de l’émission.

La télévision déclare une autre guerre des âges

Une inversion complète de la guerre des âges

 

Avec l’émission de Monsieur Lenglet, le titre du livre de Jérôme Pellissier est complètement détourné, avec toute sa symbolique. Les thèses portées par ce livre emblématique de Jérôme Pellissier doivent être connues de toutes les personnes soucieuses du sort des personnes âgées. Lorsque les Etats utilisent à l’encontre d’une partie de la population un langage outrancier le temps arrive où le respect se perd. J’entends qu’en utilisant des méthodes dévalorisantes hier employées contre des minorités, on engage toute une population sur la voie du chacun pour soi.

Les personnes âgées sont dénoncées pour leurs coûts excessifs alors qu’elles ont contribué à la création de la richesse de la nation. Certains pays ont déjà dépassé la ligne jaune en supprimant le service des retraites à leurs anciens pendant de longues périodes. La Russie et l’Argentine ont connu une baisse de la longévité de leur population par des  famines organisées. L’Angleterre elle-même en assignant une limite d’âge pour certains soins (dialyses) condamne à mort ses anciens.

 

 

On dépense trop… donc on dépense assez

 

Premier de ces discours, très à la mode, nous l’avons vu : les vieux, la « dépendance »,  coûtent cher. Tellement cher que l’avenir, etc. Ce discours-là n’a pas besoin d’être développé ni intelligent : il suffit qu’il occupe l’espace médiatique. Les vieux coûtent cher, les vieux coûtent cher ! Dans ce territoire occupé, où tout le monde est alarmé, où on regarde comme des prophètes ceux qui travaillent sur les moyens de réduire les dépenses, vous imaginez comment sont perçus les drôles qui affirment qu’il faut non pas réduire les dépenses, mais les répartir différemment et même les augmenter. Les augmenter ! Oui. Tous les discours sur le « coût de la dépendance » masquent la réalité : les moyens actuels sont nettement insuffisants pour prendre soin, soigner et accompagner correctement les vieilles personnes handicapées, malades ou fragiles.

 

C’était vraiment mieux avant ?

 

En réponse aux jeunes qui pensent qu’il valait mieux vivre au vingtième siècle, il faut rappeler l’existence d’un service militaire, la durée du travail plus élevée, les congés-payés moins longs, l’absence de confort des logements, une durée de vie plus courte. En effet dans cette France il y avait beaucoup plus d’ouvriers et plus d’accidents du travail. Moins de bien être matériel : peu de voitures et de téléphone, pas de télévision.  

 

Le bonheur des sexagénaires est le paramètre le plus triste du constat. Car si les jeunes voient leur sentiment de bien être diminuer, la remontée de ce sentiment (vers les 65 ans) n’augure rien de bon dans les techniques de gestion humaine des entreprises. Que la vieillesse puisse inspirer de l’envie à des personnes jeunes montre une grave situation de stress au sein du salariat. Le film « la grande bouffe » décrivait comment on pouvait résumer une vie en l’abrégeant rapidement en un week-end. Il est exact que dans de trop nombreuses entreprises les modifications incessantes de leurs structures occasionnent des mobilités imposées. Des couples peuvent être rapidement détruits par un éloignement provisoire. De là, à les faire vouloir accélérer la rapidité de leur avancée en âge, il y a un manque de sagesse. Que chacun puisse profiter du temps présent c’est ce qui importe le plus. Les techniques de marketing présentent le naufrage de la vieillesse comme une arrivée à un port resplendissant !

Les jeunes pensent que les vieux sont heureux alors qu’ils ont tous les maux liés à leur âge. Leurs facultés auditives, leur vue, leurs organes accusent de nombreux maux dont ils ne se plaignent pas. Mais vouloir vieillir le plus rapidement possible pour parvenir au nirvana entre 65 et 70 ans, alors là il fallait le faire ! Rien n’est dit en guise d’avertissement que dans cette tranche d’âge la moitié de la population a disparu : il suffit d’observer la pyramide des âges pour voir l’infléchissement marqué à ce niveau. Comme par hasard, ce constat survient au moment même où des candidats à la Présidence promettent de prolonger l’activité entre 65 et 70 ans !

 Ces sexagénaires qui exagèrent vivent au contact de leur famille dont ils gardent et éduquent les enfants. Il permettent à la machine économique de tourner libérant les adultes. Ils font tourner des associations qu’ils gèrent, ainsi que de nombreuses copropriétés. L’ensemble des actes qui donnent du lien à une société est oublié. La notion de PNB ne tient nullement compte des garderies évitées, des devoirs contrôlés, des transports lors des sorties d’école, des vacances avec les petits-enfants, des repas assumés.

La télévision déclare une autre guerre des âges

La guerre des âges ignore la notion de processus

 

La recherche de boucs émissaires permet d’entretenir une guerre entre les citoyens, qui peuvent ainsi avoir l’impression qu’un remède existe à leur portée pour réduire les inégalités. Par une invite orientée, une focalisation sur l’assiette du voisin, permet de trouver un dérivatif aux préoccupations du peuple. Cependant la ficelle est un peu grosse lorsqu’elle est aidée par la statistique. Ainsi, on découpera des tranches d’âges de 5 en 5 %, pour en déduire que les vieux n’ont aucune racine et sont une catégorie à part. Or les seniors retraités ont bien auparavant été des seniors en activité ! C’est oublier l’existence d’un long processus qui conduit les jeunes à la vieillesse et que ce sont les mêmes personnes qui endossent un habit différent de par l’écoulement du temps. Ces batailles qui font rage pour savoir quel est l’âge de la majorité légale, pénale, l’âge de départ à la retraite ou celui de reprendre le travail après la retraite, montre une absence complète de connaissance de la vie de la part de statisticiens devenus fous. La vie est un processus de construction ou de destruction. Actuellement, en s’en prenant un jour à des êtres en construction dès 12 ans, puis en prolongeant indéfiniment la durée du travail, on ruine la base même de la construction. Il faudrait au contraire des fondations plus solides qu’hier pour donner de l’élan à une personnalité en construction dont la durée de vie est plus longue. La politique du bouc émissaire a ses limites car ceux qui agissent par l’intermédiaire des lois oublient que ces lois émanent de personnes qui n’ont qu’une connaissance partielle de ce qu’est un processus. Ils peuvent détruire d’un côté ce qui est en construction de l’autre côté. Le processus d’accumulation reproché aux vieux trouve son origine dans la nécessité prônée par les pouvoirs publics d’épargner pour sa retraite : logements, plans d’épargne, assurances, etc.

 

Après avoir traité des aspects psychologiques de cette guerre, nous traiterons prochainement des aspects économiques, complètement ignorés, par l'émisssion précitée.

La télévision déclare une autre guerre des âges

commentaires

Marmontelli JP 12/06/2016 19:21

Le document de la Drees ne fait que constater ce que nous annoncions depuis longtemps concernant l'impact des réformes successives depuis 1993 sur notre système de retraites.

Le deuxième document témoigne lui, de façon insupportable, du cynisme avec lequel les instituts d'études et en particulier ceux de la Commission européenne décrivent la situation des futurs retraités. Deux exemples :

- le chômage plus élevé dès 2020 fait que les personnes vont acquérir moins de droits à la retraite ce qui tirera à la baisse le poids des dépenses en fin d'horizon de la projection.

Plus loin, les effets du vieillissement de la population sur le poids des dépenses des retraites sont contrebalancés par une baisse relative de la pension moyenne par rapport aux revenus d'activité moyens et par le recul de l'âge de la liquidation des pensions.

Deux arguments dont aurait pu s'emparer l'intersyndicale et que l'on pourrait rétorquer à Mme Colette GIUDICELLI.

Bien amicalement

muller 20/02/2017 09:13

Le poids des retraites dans le PIB est prévu en retrait par Bruxelles à 11,40% en 2030, quel que soit le pourcentage de retraités. Un satisfecit est d'ailleurs adressé à la France jugée bonne élève dans ce domaine. Mais accorder moins de 12% à 23% de la population c'est encore trop pour le programme Fillon qui prévoit une nouvelle réforme !!!

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