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Les conséquences du report de l’âge de la retraite sur le taux d’emploi des séniors depuis 2010

par Guy Muller 25 Janvier 2017, 16:20 Les sites de REFERENCE

 

Quatre réformes des retraites se sont succédés en France depuis le début des années 1990 : en 1993, 2003, 2010 et 2014. À partir du milieu des années 2000, le taux d’emploi des séniors a augmenté significativement après une longue période de baisse. Il est difficile de cerner la contribution de chacune des réformes dans cet accroissement, car leurs effets interfèrent et sont en général progressifs. La réforme de 2010 fait exception par son caractère rapide et contraignant : elle a augmenté de deux ans l’âge d’ouverture des droits, à raison de quatre puis cinq mois par an entre les générations 1951 et 1955. Les conditions de sa mise en œuvre la rapprochent d’une situation d’« expérience naturelle », au sens des méthodes d’évaluation. La comparaison entre les générations affectées par la réforme et celles qui les ont immédiatement précédées permet d’en apprécier l’effet causal, non seulement sur l’âge de liquidation mais aussi sur les situations d’emploi avant liquidation.

De fait, entre les premières générations concernées par la réforme de 2010 et celles immédiatement antérieures, le taux d’activité à 60 ans a augmenté fortement : de 24 points pour les hommes et de 22 points pour les femmes. Avant la réforme, le taux d’activité à 60 ans était de 32 % pour les hommes et de 43 % pour les femmes.

Cette élévation du taux d’activité à 60 ans s’est traduite surtout par un accroissement de l’emploi. Pour la même catégorie de personnes, la probabilité d’occuper un emploi a progressé de 17 points pour les hommes et de 16 points pour les femmes, dont respectivement 3 et 7 points sous forme d’emploi à temps partiel. Mais le chômage s’est également accru : de 7 points pour les hommes et de 6 points pour les femmes. Dans le même temps, l’inactivité hors retraite a également légèrement augmenté pour les hommes (+ 3 points).

L’effet dominant de la réforme à court terme aurait été de figer les situations atteintes à l’approche de la soixantaine dans l’attente du nouvel âge d’accès à la retraite : c’est surtout par l’allongement de la durée d’emploi des personnes encore en emploi entre 58 ans et 60 ans que la réforme aurait permis d’accroître l’emploi global.

Pour aller plus loin, le rapport à consulter est importable, en suivant le lien :

 

La réforme de 2010 a des caractéristiques très différentes. Elle a déplacé les limites à l’intérieur desquelles la liquidation peut avoir lieu. L’âge d’ouverture des droits (AOD) est passé de 60 ans pour la génération 1950 à 62 ans pour la génération 1955. Le rythme avait d’abord été fixé à quatre mois de décalage par génération ; il a ensuite été accéléré à cinq mois par génération dans la loi de finances de 2011. L’âge d’accès au taux plein sans condition de durée de cotisation a évolué parallèlement, passant de 65 ans à 67 ans.

Le surcroît d’activité induit par la réforme se traduit majoritairement par un accroissement de l’emploi, mais également du chômage, voire de l’inactivité (hors retraite). La réforme a fait baisser la probabilité des séniors d’être à la retraite entre 60 ans et leur nouvel AOD. Pour les hommes, la diminution est de 27 points (de 57% à 30 %), qui se décomposent de la manière suivante : + 14 points d’emploi à temps plein (de 24%à 38 %), + 3 points d’emploi à temps partiel, + 7 points de chômage et + 3 points d’inactivité.

Pour les femmes, la probabilité d’être à la retraite a baissé de 22 points (de 40 % à 18 %), soit un accroissement de 9 points de la probabilité d’occuper un emploi à temps complet (de 23 % à 32 %), de 7 points pour un emploi à temps partiel et de 6 points pour le chômage, leur probabilité d’être inactive étant restée inchangée.

 

La probabilité de rester au chômage était élevée avant la réforme, de 45,1 % sur un an, avec seulement trois chances sur dix de retrouver un emploi et deux chances sur dix de basculer vers la retraite. La réforme s’est traduite par une baisse des retours à l’emploi. Elle s’est surtout traduite par un risque plus important de rester au chômage : les personnes au chômage y restent plus longtemps, dans l’attente d’une liquidation plus tardive de leur retraite. Dans une moindre mesure, la probabilité (statistiquement significative) de rester inactif non retraité augmente.

 

Au total, à court terme, l’effet dominant de la réforme aurait été de figer les situations atteintes à l’approche de la soixantaine dans l’attente du nouvel âge d’accès à la retraite : c’est surtout par l’allongement de la durée d’emploi des personnes encore en situation d’emploi entre 58 ans et 60 ans que la réforme aurait permis d’accroître l’emploi global.

Les conséquences du report de l’âge de la retraite sur le taux d’emploi des séniors depuis 2010

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