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La dégradation du financement des retraites

par Guy Muller 30 Novembre 2019, 19:12 Editoriaux

 

Nous pouvons être étonnés par l’annonce d’un déficit des retraites, alors que le COR estimait il y a deux ans, qu’il n’y avait pas de déficit prévisible…

En fait, l’évaluation d’un éventuel déficit repose sur des hypothèses et scénarios à long terme. Quel sera le niveau du chômage ? Quel sera le taux d’emploi de la population ? Quelles sont les perspectives démographiques ?

Or si le niveau des dépenses (les retraites) ne bouge guère, nous apprenons que les recettes diminuent, pour plusieurs raisons. Tout d’abord, la diminution du nombre d’emplois dans la Fonction Publique entraine une baisse des recettes. Ensuite, les augmentations de salaires récentes n’ont pas permis d’augmenter le SMIC, ni la détaxation des heures supplémentaires. D’où une perte de recettes. Enfin, l’augmentation du nombre de seniors en chômage de longue durée qui triple en dix ans, montre l’accentuation d’une pratique déjà présente chez les employeurs.

La volonté d’augmenter le temps d’activité se heurte à l’impossibilité de donner du travail aux plus âgés.

 

Les seniors plus marqués par le chômage de longue durée

Après un rapport sénatorial pointant les « difficultés persistantes du taux d'emploi des seniors » rendu le 8 octobre dernier, c'est au tour du président de la Cour des comptes Didier Migaud, dans un rapport remis au Premier ministre en juillet et rendu public le 10 octobre, d'alerter le gouvernement sur la question.

Le problème n'est pas nouveau, mais semble encore s'aggraver, comme l'attestent les chiffres révélés par la Dares (Direction de l'animation de la recherche, des études et des statistiques) en mars dernier. En 2018, ce sont 60,2 % des 55 ans et plus qui étaient au chômage depuis au moins un an, contre 41,8 % pour l'ensemble des chômeurs âgés de 15 à 64 ans. D'après les chiffres de l'Insee communiqués dans le rapport de la Cour des comptes, le nombre de chômeurs de plus 50 ans a doublé depuis la crise de 2008 (554 000 au premier trimestre 2019), et même triplé pour ceux de la seule catégorie A (916 400). Et les périodes de chômage pour ces seniors ne cessent de s'allonger. Elles étaient ainsi en 2018 de 673 jours en moyenne contre 388 pour les autres chômeurs.

 

Une précarisation croissante

Corollaire à cette situation, les seniors sont alors de plus en plus nombreux à sombrer dans la pauvreté. Le rapport pointe « une forte augmentation des effectifs de la tranche d'âge des 60-64 ans parmi les bénéficiaires de l'allocation d'aide au retour à l'emploi (ARE) et de l'allocation de solidarité spécifique (ASS). Pour ce qui concerne le RSA (Revenu de solidarité active), la proportion de bénéficiaires âgés de 60 à 64 ans a augmenté de 111 % en 10 ans. Et pour l'AAH (allocation pour adulte handicapé), l'augmentation est de 192 % depuis 2010 ! Ces aides ne suffisent toutefois pas à empêcher la grande précarité pour certains seniors en "zone grise". Pour ces personnes qui ne sont "ni en emploi ni en retraite, (le taux de pauvreté) passe de plus de 72 % avant redistribution (de ces revenus de transfert) à 54 % après. Cette part reste toutefois très élevée, à un niveau supérieur à celui constaté pour les personnes sans emploi âgées de 25 à 52 ans (47 % après redistribution)", explique la Cour des comptes. Didier Migaud pointe un "bilan décevant" des politiques d'emploi des seniors et recommande un meilleur chiffrage des phénomènes de basculement dans l'inactivité de ces populations dans la future réforme.

La dégradation du financement des retraites

 

La Revalorisation des retraites pour 2020

Le plan de financement pour 2020 poursuit la désindexation des retraites par rapport à l’inflation. Au-dessus de 2000 euros bruts, la hausse des pensions sera limitée à 0.3%.

Avec la multiplication des effets de seuil on atteint un niveau de technocratie sans pareil. Nous l’avons vu avec la CSG et ses taux modifiés à plusieurs reprises sous l’effet des mouvements sociaux. La revalorisation des retraites pour l’année 2020 est fixée avec un seuil de 2000 euros bruts (entendre 1800 euros nets). Au-dessus de ce seuil, le rattrapage par rapport à l’inflation est seulement de 0.3%, ce qui poursuit l’objectif de désindexation entamé depuis un dizaine d’années. Mais afin d’éviter que ceux dont les pensions sont comprises entre 2000 et 2014 euros soient pénalisés, une grille correctrice a été inventée.

 

Montant de la pension brute

Niveau de revalorisation

Inférieure ou égale à 2000 euros

1%

Entre 2000 et 2008

0.8%

Entre 2008 et 2012

0.6%

Entre 2012 et 2014

0.4%

Au-dessus de 2014

0.3%

L’ampleur des usines à gaz

 L’ampleur des usines à gaz conséquences des seuils démontre toute l’injustice de décisions visant uniquement à réduire le montant des retraites servies. Car il s’agit bien d’éviter une indexation sur la totalité des retraites.

 

La seule mise en place de ce barème montre un acharnement à réduire constamment le montant des retraites. Son existence en dit beaucoup sur la future retraite par points. Il suffit d’oublier l’augmentation annuelle, de la différer dans le temps ou d’en limiter les effets. C’est ce qui se passe pour les Retraités ou les fonctionnaires depuis une dizaine d’années !

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