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La politique du guère

par Guy Muller 3 Avril 2020, 15:29 Flash

 

Dans les Ehpad guère de moyens

Un défaut d’encadrement et de moyens y sont dénoncés depuis longtemps. La journaliste Florence Aubenas vient de vivre dans une maison de retraite. Elle en décrit la vie jour après jour dans le quotidien le Monde.

« Début mars, coup de fil du fournisseur : l’Etat a préempté tout le stock, plus rien de disponible, priorité aux hôpitaux et à la région Grand­Est, la plus touchée. Pour les Ehpad, même réponse évasive à tous : « C’est en cours. » Une infirmière des Quatre­Saisons coupe net : « On voit bien ce qu’ils pensent. Là ­bas, ce sont des vieux, ils ont déjà vécu. »

Depuis le matin, le Directeur est en train d’essuyer un bombardement terrible, venu de sa boîte mail. Un collègue fait savoir que 16 résidents sur 20 sont touchés par le virus dans son établissement. Près de Montpellier, ils sont 47 sur 86, 3 en sont morts. De leur côté, les pompes funèbres viennent d’envoyer une note détaillée sur les types de cercueil autorisés pendant la pandémie. Deux possibilités seulement : « L’hermétique, qui permet un enterrement classique, mais il n’y en aura pas forcément assez vu la demande. » Ou alors « le modèle simple, destiné à la crémation ». La porte de son bureau s’entrouvre : Laurent Garcia, le cadre de santé, annonce que la pharmacie ne livrera pas les 15 litres de gel hydroalcoolique. La commande a été oubliée, et plus rien n’est disponible maintenant. Les gants ? Fini aussi, ou presque. D’heure en heure, les infos changent : éternels oubliés d’un secteur médical lui-même en crise, les Ehpad ont toujours manqué de tout – personnel, salaires, budgets. « On est habitués à passer derrière, à prendre sur nous. »

La politique du guère

Dans les hôpitaux la programmation du guère

Les professionnels de la santé le hurlent : ils ont été abandonnés. Abandonnés au profit d’une gestion budgétaire du service public. Abandonnés au nom d’une logique néolibérale et de la prétendue efficacité qui l’accompagne. Abandonnés par un pouvoir technocratique, coupé des réalités. Emmanuel Macron en est l'archétype. Toutes les politiques qu’il conduit depuis trois ans le prouvent avec la suppression de plus de 4000 lits. Sa gestion de la crise le confirme.

Les responsables se sont éveillés au moment où les masques de protection ont commencé à manquer au personnel soignant, c’est-à-dire dès le début de crise. Pour éviter de parler de pénurie, le pouvoir a d’abord tenté d’écoper la polémique en expliquant que ces masques étaient inutiles dans la plupart des cas et qu’ils pouvaient même s’avérer dangereux lorsqu’ils étaient mal utilisés.

Mais face à la consternation générale et à la colère que ces arguments ont naturellement suscitée, le ministre de la santé a fini par admettre que les stocks étaient vides. À cause de qui ? De ses prédécesseurs évidemment. « Quels que soient les processus de décision ayant conduit à ce que ces stocks ne soient pas renouvelés dans la durée, toujours est-il que ces stocks de masques se sont réduits année après année », selon Olivier Véran, renouant ainsi l’antienne selon laquelle les problèmes sont toujours anciens ; et son corollaire rhétorique : ils ne peuvent donc être imputés aux seuls dirigeants actuels. C’est oublier le plan de suppression de 17000 lits en hôpital auquel a participé Macron sous Hollande. H

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L’EPRUS victime du guère

En 2007, la France avait su mettre au point un dispositif de protection très ambitieux contre les pandémies. Le budget de l’établissement de préparation et de réponse aux urgences sanitaires (EPRUS) est passé de 281 millions d’euros en 2007 à 25,8 millions en 2015.

 Malheureusement, ce dispositif a été progressivement désarmé pour diverses raisons. Retour sur un épisode et une institution peu connue de notre histoire récente, l’établissement de préparation et de réponse aux urgences sanitaires (Eprus). A la suite de l’épidémie de grippe aviaire (H5N1) de 2006 et à l’initiative du sénateur Francis Giraud (1932­2010), le gouvernement de l’époque a fait adopter, en mars 2007, une loi au titre prémonitoire : « Loi relative à la préparation du système de santé à des menaces sanitaires de grande ampleur ». D’abord, la création du fameux corps de réserve sanitaire, sur lequel on ne s’attardera pas ici, et, ensuite, celle d’un nouvel établissement public, l’établissement de préparation et de réponse aux urgences sanitaires (Eprus), dont la mission principale était « l’acquisition, la fabrication, l’importation, le stockage, la distribution et l’exportation des produits et services nécessaires à la protection de la population face aux mesures sanitaires graves », y compris bien sûr les vaccins et les fameux masques chirurgicaux et FFP2 ! La crise H5N1 avait en effet mis en évidence diverses faiblesses dans la réponse logistique de l’Etat.

Lors de ses vœux à la presse, le 22 janvier 2007, Xavier Bertrand, alors ministre de la santé et des solidarités, ne manquait pas de le faire savoir : « Nous poursuivons nos efforts de préparation à la survenue d’une éventuelle pandémie, grâce à la constitution de stocks de masques et de vaccins. Nous serions, d’après certains observateurs, parmi les pays les mieux préparés au monde. » Son successeur Olivier Véran aurait du mal à tenir le même discours avec son stock d’Etat réduit à 120 millions de masques chirurgicaux et à zéro masque FFP2 !

Comme toujours, mes dires s’appuient toujours sur des rapports officiels

L’EPRUS a fait l’objet de deux rapports de la Cour des Comptes et d'une Commission Parlementaire

Le fonctionnement de l’EPRUS a cristallisé les critiques de la Cour des comptes : « Prises dans le climat d’urgence où s’est développée la gestion de la lutte contre la menace de grippe H1N1, ces nombreuses et substantielles interventions du ministre chargé de la santé et de son cabinet ont considérablement restreint le champ des responsabilités et les marges de manœuvre dont disposait l’Eprus pour conduire et conclure les négociations dont il était chargé en titre. » En clair, le gouvernement aurait mieux fait de laisser l’Eprus négocier et contracter avec les fournisseurs plutôt que de nouer des contacts directs et de négocier des contrats juridiquement faibles, dépourvus par exemple de clause de révision. La Cour, comme le rapport parlementaire du sénateur Jean­-Jacques Jégou en 2009, a recommandé d’accorder une plus grande autonomie à l’Eprus, en distinguant mieux les responsabilités politiques de l’Etat et les responsabilités opérationnelles de l’agence. Mais c’est une direction inverse qui va être prise, avec la disparition pure et simple de l’Eprus, qui est intégré en 2016 dans le nouvel Institut national de prévention, de veille et d’intervention en santé publique, plus connu sous son nom « commercial » de Santé publique France. Il rejoint ainsi l’Institut de veille sanitaire (InVS) et l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé (Inpes).

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Enseignement et Services Publics : toujours le Guère

La Poste profite des circonstances pour réduire le nombre de ses tournées à trois par semaine. De nombreuses fermetures affectent ses agences, ce qui réduira encore la présence des services publics en milieu rural. Lors du retour à une situation normale, il y a gros à parier qu’il n’y aura pas de retour à la situation antérieure, ce qui ne peut qu’accentuer l’éradication de la presse écrite.  

Les Français à qui le président de la République rend désormais hommage quotidiennement ne sont pas les « premiers de cordée » que les gouvernements successifs n’ont cessé de cajoler. Ceux qui,  « permettent au pays de vivre durant cette crise », sont aussi ceux qui se mobilisaient depuis des années pour demander plus de moyens. Ceux à qui l’on répondait  qu’« il n’y a pas d’argent magique ».

Tout comme on peut comprendre la colère des enseignants, que le ministre de l’éducation nationale Jean-Michel Blanquer a félicité, pour rattraper une sortie de la porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye, qui avait semblé affirmer, que les professeurs ne travaillent plus – avant de s'en excuser.

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