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La sous-indexation des retraites continue

par Guy Muller 2 Juillet 2022, 17:12 Editoriaux

 

Concernant les prestations sociales, le gouvernement prétend préserver le pouvoir d’achat des plus pauvres avec la hausse du montant des pensions de 4 % en juillet. L’annonce de cette revalorisation est intervenue avant les élections législatives afin de « motiver » les retraités.

Mais son jeu d’addition est douteux, car l’inflation sera supérieure à 7% en aout, avant de rattraper l’évolution moyenne en Europe de 9%. Les divers blocages du prix de l’énergie seront supprimés en 2023 et la France rejoindra le niveau moyen européen dès l’année prochaine. Le mécanisme des revalorisations a été faussé par l’ignorance des règles d’indexation, notamment par les blocages ou gel des pensions depuis dix à vingt ans. Afin de faire passer cette mesure, le Gouvernement a rappelé l’augmentation de 1.1% intervenue au 1er janvier, l’additionnant aux 4%. Or l’augmentation du 1er janvier couvrait la hausse des prix de l’année 2021, non celle de l’année 2022.

Ce mécanisme est un peu plus complexe que ce qu’il prétend. Les retraites ont été augmentées de 1,1 % en janvier, compte tenu du mécanisme d’indexation en vigueur (basé sur le différentiel d’inflation entre la période allant de novembre 2019 à octobre 2020 et celle allant de novembre 2020 à octobre 2021). Mais ce mécanisme semble désormais inadapté, puisque, en octobre dernier, les prix étaient déjà en hausse de 2,6 % sur un an, selon l’Insee.

Entre janvier et juillet, les retraités ont perdu du pouvoir d’achat, et chaque mois un peu plus : 1,8 point en janvier, 2,3 points en février, 3,4 points en mars... jusqu’à 4,8 points en juin. Cette différence ne sera pas récupérée. La hausse promise pour juillet vient simplement réduire la perte sur la seconde partie de l’année, alors que l’inflation sur un an va dépasser les 6 % en juillet, et atteindre 6,8 % en décembre.

Il semble donc malhonnête (et mathématiquement osé) de simplement additionner les pourcentages de hausse de 1,1 % et de 4 % pour conclure à une hausse des retraites de 5,1 %. C’est notamment nier la perte de pouvoir d’achat du premier semestre. La vraie hausse des pensions est plutôt de 3,12 % en moyenne sur l’année. Soit une perte sèche de 1,88 point de pouvoir d’achat. Là encore, on est au-dessus de la moyenne des pertes attendues par l’Insee pour l’ensemble des Français.

Le char de l'Etat écrase les retraités

Le char de l'Etat écrase les retraités

Le chantage à la dette se poursuit

Depuis quelques jours, l’exécutif ressort les bonnes vieilles ficelles du chantage à la dette. Au sommet de l’Otan en Allemagne, Emmanuel Macron a critiqué l’idée de continuer d’utiliser « l’argent du contribuable » pour contrer les effets de l’inflation. Stanislas Guerini a, lui, salué « l’effort » gouvernemental en insistant sur le caractère « difficile » de la « situation économique et budgétaire ». Comme la France s’est engagée à réduire ses dépenses de 30 milliards par an vis-à-vis de Bruxelles, les retraites vont continuer à voir leur poids réduit par rapport au PNB.

Et le ministre de l'économie Bruno Le maire a évoqué la « cote d’alerte » atteinte, selon lui, par les finances publiques. Il a aussi confirmé sa volonté de revenir à 3 % du PIB de déficit en 2027, et mis en garde contre l’effet de la hausse des taux sur le coût de la dette.

Tout cela ressemble à une mise en scène pour préparer l’opinion à un tour de vis budgétaire. Dès lors, ce « paquet pouvoir d’achat », déjà largement insuffisant, pourrait bien être le dernier. L’exécutif, qui a généreusement arrosé les entreprises avec des aides inconditionnelles pendant la crise sanitaire, est moins pressé de venir apaiser l’effet de l’inflation sur le budget des ménages.

Le gouvernement entend briser la demande par un tour de vis budgétaire, un refus de tout retour à l’indexation salariale et une sous-indexation générale des prestations sociales. Le but, non avoué, est de faire baisser l’inflation par un ralentissement économique. Lequel permettra, d’ailleurs, de justifier les réformes et « efforts » futurs. Tout continue comme avant sans que la leçon des législatives ne soit entendue.

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