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Déficit budgétaire : le tour des retraités

par muller 14 Février 2013, 18:53 Editoriaux

Les retraités vont devoir payer

 

Le Monde l’annonce le 8 février sur deux pleines pages :

 

Après avoir laissé entendre qu’il pourrait repousser toute décision sur les retraites à 2014, le gouvernement a finalement décidé qu’il était temps d’agir, selon les informations du Monde. «On pensait reporter à l’année prochaine, mais on va être obligé d’accélérer notre calendrier», indique-t-on à Matignon. «Ce serait difficile de ne pas donner quelques signes avant la conférence sociale de juillet», avance-t-on désormais dans l’entourage du premier ministre Jean-Marc Ayrault.

L’objectif est de rassurer Bruxelles et les marchés financiers, alors que les projections de croissance européenne pays par pays, qui interviendront le 22 février, seront forcément mauvaises au regard des chiffres jusqu’ici avancés par le gouvernement. «Les comptes publics de la nation sont observés », rappelle-t-on à Matignon. Et les réformes des retraites sont particulièrement scrutées par les partenaires européens et les agences de notation.

Le Conseil d’orientation des retraites (COR) est venu rappeler en décembre 2012 l’ampleur de l’effort à fournir : le trou des retraites devrait atteindre 21,3 milliards d’euros en 2017 et se creuser  potentiellement jusqu’à 25 milliards d’euros en 2020. Dans les prochaines semaines, Matignon entend, comme prévu, «désigner un comité d’experts pour proposer une méthode aux partenaires sociaux», avec pour  objectif d’en tirer les premières pistes de réforme.

«Il faut qu’on donne sur tous les sujets des trajectoires», explique une source gouvernementale, pointant non seulement les retraites, les comptes publics, la sécurité sociale, mais aussi «la modernisation de l’action publique, les collectivités locales et l’évaluation des politiques publiques».

 

Les retraités enjeux des réformes envisagées

Chaque année ou presque de nouveaux mécanismes ont été mis en place pour surveiller la santé économique de chaque pays. Le semestre européen par exemple oblige chaque  pays à communiquer sa feuille de route et les mesures mises en place pour diminuer  ses déficits. Par la suite, un mécanisme d’alerte pointe les corrections à mettre en œuvre, pays par pays. Il en résulte une fin de souveraineté nationale pour tout pays ayant accumulé d’importants déficits.

Olli Rehn, le commissaire européen aux affaires économiques,  ne cache pas, dans le cas français, que la situation sera aussi évaluée au regard des réformes mises sur les rails par le gouvernement Ayrault. Les milieux européens ont plutôt apprécié le récent accord entre partenaires sociaux sur l’emploi, tout en considérant qu’il s’agissait d’un premier pas. D’autres mesures sont attendues sur le front des retraites, du marché du travail, de la baisse des dépenses publiques ou de la compétitivité. A Paris, l’exécutif a multiplié les signes, ces derniers jours, tant sur la baisse des dotations aux collectivités locales et la Modernisation de l’action publique(MAP) que sur les retraites.

 

En pleine guerre des âges

Les retraités souvent inattentifs, vis-à-vis de la multiplication d’attaques nombreuses et convergentes retrouvent les accents d’une guerre des âges, qui prétend trouver dans l’égalité entre personnes l’alpha et l’oméga de la politique. C’est ainsi que les retraités sont examinés, pesés en opposition avec la situation d’une personne qui travaille. Du jour au lendemain, l’ancien actif bascule dans la catégorie des retraités qui coûtent toujours trop cher. Aussi il est facile d’accuser le retraité d’avoir accumulé toute sa vie un patrimoine forcément plus élevé que celui d’une autre personne n’ayant travaillé qu’une année ou un seul jour. En cette époque du clic immédiat une égalité est demandée par tel ou tel organisme sans tenir compte de l’organisation sociale. Or le principal pivot de cette organisation repose sur l’ancienneté. C’est l’ancienneté qui promeut la compétence, l’accumulation des connaissances, reconnue aussi en droit du travail. Mais cette ancienneté muée en retraite offre un terrain propice à l’accusation de permettre une accumulation honteuse. Car il est triste de devoir constater en ces temps d’égalité la supériorité de l’acquis face à l’infériorité de ceux qui sont en période d’accumulation. On peut donc, sous couvert d’une recherche de l’égalité, modifier les perspectives et travestir la réalité.

 

Prenez nos rhumatismes

Comparer la situation de deux personnes situées aux antipodes de l’existence en suscitant la jalousie des plus jeunes, s’avère être un travail de sape. Les politiques qui s’y adonnent devraient se méfier de lâcher de tels chiens pour leurrer l’opinion publique. C’est Tocqueville qui disait que « l’égalité est une passion exigeante et insatiable. L’amour de l’égalité croit sans cesse avec l’égalité elle-même. La plus petite dissemblance parait choquante au sein de l’uniformité générale ; la vue en devient plus insupportable à mesure que l’uniformité est plus complète. Les hommes ne fonderont jamais une égalité qui leur suffise ».

Stigmatiser le patrimoine accumulé par les personnes âgées ne fait pas progresser l’égalité d’un pouce. Le décompte des jours qui leur reste à vivre établit une limite entre le passif de la vieillesse et l’actif de la jeunesse. Les vieux ne peuvent racheter du temps de vie, ils vivent cette inégalité avec leur dégradation physique progressive, sans pouvoir revendiquer une inversion du temps.

 

Pour lire les contraintes mises en place par Bruxelles : le semestre européen, le six pack (du 12 décembre  2011), le mécanisme d’alerte (14 février 2012) : link

Guy Muller

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