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Gagatorium : le crépuscule des vieux

par muller 1 Octobre 2013, 18:54 Notes de lecture

 

Gagatorium livre de Christie Ravenne

        Cet ouvrage conte les mésaventures d’une octogénaire face au système organisé par certaines résidences-retraite. Après quatre années de vie au sein de la résidence Ker-Eden, elle a pu en sortir vivante quand tant d’autres victimes sont hors d’état de pouvoir témoigner, car sortis les pieds devant, piégés dans une semblable mésaventure.

Le livre de Christie Ravenne dénonce les abus commis par la mafia de « l’or gris » à l’encontre des personnes âgées. Ces abus sont expliqués : maltraitance physique, morale et financière sur des vieux entièrement abandonnés par les pouvoirs publics et leurs familles.

« Malmenés, plumés, bâillonnés, ce sont vos parents qui vivent dans des gagatoriums. Demain, si vous n’y prenez garde, ce sera vous ».

 

Madame Ravenne est une ancienne cadre, auteure de livres sur le management, qui a pu sortir d’un système épuisée et ruinée. Ses connaissances lui ont donné la force de résister psychologiquement à une ambiance défavorable où beaucoup d’autres personnes baissent les bras. Son aventure est unique dans la mesure où elle a pu s’extraire d’un mouroir doré par un combat continu. Il ne s’agit pas d’un témoignage extérieur donné par un journaliste travaillant en caméra cachée ou par une infirmière ou une personne travaillant en résidence. Non nous avons là un document établi par une personne qui décrit son combat au jour le jour pendant quatre ans.

 

Le Paradis des Promoteurs est rarement celui des résidents

Explication du système. Les résidences-retraite sont des structures non médicalisées qui ont fleuri grâce souvent à des avantages fiscaux accordés aux investisseurs. Souvent les investisseurs du premier jour ont été eux-mêmes lésés lors de l’achat de leur lot. Rares sont les promesses de retour sur investissement qui ont été tenues selon un article du « Particulier » du mois de septembre 2013. L’aversion des français à l’égard de la fiscalité a conduit à la création de nombreuses structures qui plument les investisseurs. Le principe de ces niches fiscales qui atteignent les 50 000 euros déductibles est simple. L’Etat accorde des avantages fiscaux aux souscripteurs de placements : Girardin industriel (20 000 personnes lésées), Sofica, investissement dans les PME par le biais de FCPI, Scellier, résidences de tourisme, résidences hôtelières pour étudiants et maisons de retraite. Dans ces derniers cas, ce sont des montages financiers irréalistes qui tournent à la catastrophe. Les loyers prévus sont souvent plus chers que ceux du marché. Les charges sont aussi plus élevées, dues à une trop grande rotation des résidents, ou à la mauvaise qualité des constructions. Pour ne pas perdre le bénéfice de l’exemption fiscale, les propriétaires doivent accepter un renouvellement du contrat avec un plus faible revenu. Un nouvel exploitant devenu un repreneur opportuniste impose une baisse de 30% des loyers pour retrouver une clientèle solvable.

 

Mais les résidences retraite contiennent bien d’autres pièges tenant à leur structure quelquefois très compliquée. L’acquéreur, ce qui est le cas de notre écrivaine, a acheté deux appartements de 63 mètres carrés. Elle avait pour objectif d’en louer un pour abaisser le montant de ses dépenses. Hélas, elle découvre progressivement que les propriétaires de la résidence possèdent 40% des lots, et ont imposé une priorité de location à leurs propres lots. Le montant des charges a du mal a être compris. En fait, un droit de péage de 250 euros par mois est prélevé, puis encore 250 euros pour payer la location des salles collectives. Il reste 500 euros de charges « normales » à acquitter par mois. Comme Christie ne bénéficie d’aucun élément commun : restaurant, salle télé, bibliothèque. Elle se trouve lésée, d’autant plus qu’au décès de sa locataire, la Directrice de la Résidence, préfère louer les appartements appartenant au club possédant les 40% + la totalité des équipements collectifs. Après une année sans loyer, elle abandonne et vend à perte l’appartement destiné à la location.

 

C’est ce qui conduit notre héroïne à dire que le marché du troisième âge est très juteux, captif, très convoité et peu contrôlé par une législation laxiste et libérale. La vieille volaille des vieux se fait plumer et saigner par tous les renards et charognards libres. Elle établit un constat sur la possibilité donnée par les pouvoirs publics de livrer les vieux aux griffes de prédateurs dont l’unique but est d’infantiliser leurs « clients ». L’Etat et les politiciens sont aux abonnés absents face aux vendeurs de pilules et de couches culottes. On se gargarise trop de records bidons en ce qui concerne l’accroissement de la longévité : la quantité de vie n’est pas la qualité. D’où un accroissement continu des suicides, cruel démenti, face aux promesses d’avenir doré !!

 

Investigations et reconquête

Christie découvre son nouveau monde et ses compagnons d’infortune en leur donnant des surnoms. Elle-même s’appelle « madame de quoi j’me mêle ». Elle demande au syndic à pouvoir vérifier des comptes que personne ne contrôle, puis elle assiste aux réunions de copropriétaires. Comme il n’y a que 10% de propriétaires résidents, personne ne contrôle rien, surtout pas les familles dont le domicile est très éloigné. Sa seule présence stupéfie les participants à l’Assemblée Générale… Elle comprend vite que les promoteurs-gestionnaires sont les décideurs à 100% et que les résidents sont les payeurs à 100%.

Puis  commence une description des pièces maitresses de la Résidence. Le docteur Pique-pique qui calme les agités devenus des morts-vivants regroupés dans une allée.  L’attente des visiteurs dans le hall est alimentée par une hôtesse « Peau de vache ». La directrice est une « Patronne » qui charrie dans des doggy-bags les excédents de nourriture. Ayant mis de côté un far breton destiné à sa consommation personnelle, elle enquêtera sur sa disparition dans chambres et frigos afin de découvrir le délinquant. Une vingtaine  d’année auparavant, la Patronne faisait visiter les appartements mis à la vente dans la résidence, en tant que chargée des relations publiques. Nulle en gestion et en comptabilité, sa promotion arrange bien ses protecteurs-promoteurs.

Les stagiaires qui défilent échappent aux critiques. Aides soignants, infirmières remplaçantes, auxiliaires de vie, cuisiniers-plongeurs ne sont pas rémunérés. Face aux factures de jardinage qui augmentent tous les ans et à des défauts d’entretien évidents, au  recours accru à des stagiaires, les comptes sont demandés au syndic, avec le contrat de jardinage. Mais la comptable est absente et l’ordre du jour trop chargé au gré des participants dont certains arrivent systématiquement en retard tandis que d’autres sont pressé de partir. On le voit il n’y a rien de bien nouveau sous le soleil des AG de copropriétaires. 

 

Christie raconte ses réussites en matière d’organisation d’ateliers, ses ouvertures vers l’extérieur, la création d’une bibliothèque. Bref elle anime Ker-Eden même au détriment de sa santé.

Enfin pour pouvoir sortir de son Eden, elle entame de nombreuses démarches, qui nous font découvrir nombre de standards téléphoniques : SOS amitié, Alma 29. Elle rencontre des associations de défense des consommateurs et découvre que les pouvoirs publics sont au courant de la situation malsaine régnant dans ces résidences. Le député Christian Blanc a déposé en 2004 un projet de loi destiné à combler le vide juridique des résidences de services pour personnes âgées. Il dénonce les contraintes liées au statut d’association selon la loi de 1901, alors que nul ne peut être obligé d’adhérer à une association. Il décrit les problèmes rencontrés par les héritiers face aux charges excessives, les décotes des logements qui atteignent les deux-tiers, les faillites nombreuses dans ce secteur.

Un juriste consulté décrit les actions à engager par une personne de 80 ans. Il y en a six contre l’association des usagers, la SCI gestionnaire, la SCI vendeuse, le cabinet vendeur, le syndic, le notaire. Tous ces intermédiaires ont manqué à leur devoir de conseil d’autant qu’ils habitent tous près de Ker-Eden et en connaissent la mauvaise réputation.

 

Le crépuscule des Vieux

Je vous invite à lire ce livre de salubrité publique, surtout pour les descriptions de personnages. Christie est sortie de son mouroir doré avec les honneurs. Combien d’autres personnes se sont lentement laissées couler au fil des mois.

Une dame « Maguy », voit lentement son univers se défaire, et se replie sur elle-même. Dynamique et rigolote au départ, elle va perdre son chien après une hospitalisation, sa sœur lui offre un canari à nouveau perdu après une autre hospitalisation, sa sœur en retard arrive au moment du repas. Elle est interdite d’entrée et repart, éconduite par Peau de vache, l’hôtesse. Son balcon perd son siège et sa table par hasard. Elle végète désormais devant sa télévision sans télécommande et sans lumière, reste éloignée du commutateur électrique, trop engoncée dans un fauteuil pour pouvoir se servir de ses mains arthritiques. Livrée aux couches-culottes elle est abandonnée au dépotoir ultime.

Que notre société livre les personnes âgées au marché de vautours sans scrupules ne peut laisser indifférent.

 

Guy Muller

Saint Paul de VenceSaint Paul de Vence

Saint Paul de Vence

commentaires

ADCS 21/11/2014 15:23

Le "paradis" des promoteurs ! Qui devient quoi pour les résidents ? Nous en avons hélas l'expérience également dans les résidences Senioriales !

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