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Jean-Michel Galy propose aux seniors de Nice une nouvelle vie

par muller 21 Juin 2010, 17:52 Notes de lecture

 

Billet de présentation

 

Monsieur Galy est en charge de la politique municipale de la ville de Nice vis-à-vis de la population des personnes âgées.
Universitaire, Maître de Conférence en Civilisation ancienne à l’Université de Nice Sophia Antipolis, le Professeur Galy est chercheur au Centre de Recherche d’Histoire des Idées, auteur de nombreux ouvrages Le Linceul de Pourpre (1990) sur les Civilisations du Proche-Orient et la Civilisation grecque, Quête d'éternité : les chemins de l'au-delà dans l'Antiquité (1998) sur l’idéologie de la mort dans les Civilisations Antiques, La Raison dans le Miroir du Rire (2003) sur Aristophane et l’ancienne Comédie Grecque.

Il a également publié nombre d’articles dans les Annales de la Faculté des Lettres de Nice ainsi que dans les actes des colloques auxquels il a participé, citons notamment ses communications sur, les Poètes Lyriques grecs (Colloque sur le Romantisme et la Grèce, Athènes 1994), la Création de l’homme en Mésopotamie et en Égypte (Les Origines de l’homme d’après les anciens thème du Vème congrès international sur la Pensée Antique en 1998) ou encore Les origines de Rome dans les cahiers de l’UNIA en 2003/2004. Assurant de nombreuses conférences à l'université inter-âges,  il anime aussi l'association Arts et Vie par des conférences et forums sur la Grèce. Son dernier forum avait pour thème Athènes et l'invention de la démocratie en novembre 2008.

 

Des seniors et des hommes

Son livre « Des seniors et des hommes » publié aux éditions du Losange affiche une couverture intéressante et emblématique. Il s’agit d’un homme rapetissé en face d’une immense porte dont le trou de serrure diffuse une abondante clarté. Cet homme qui porte une serviette (marque de son ancienne dépendance au travail) constitue la clé d’entrée pour entrer dans la lumière. La retraite serait donc proche du nirvana au contraire du pot de départ du film Mammuth beaucoup plus réaliste dans sa démonstration. En réalité la retraite est vécue très différemment selon nos aptitudes à modifier notre comportement, selon notre niveau de pouvoir d’achat aussi. Les deux représentations peuvent coexister simultanément dans toute la population des retraités.

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Eux c’est nous, l’âge : une maladie honteuse

Monsieur Galy rejoint les thèmes de Jérôme Pellissier développés dans « la guerre des âges ». Il y apporte la propre musique de son expérience. Il s’en prend tout d’abord à l’image projetée par la sémantique sur la retraite. La retraite est donc le retrait, l’inutilité sociale, la charge au plan des pensions. Bref, les vieux font du mauvais gras aux dépens des actifs. Il décrit aussi certains poncifs selon lesquels les vieux seraient des cumulards de satisfactions. Budgétivores, ils se promèneraient dans une retraite dorée entre gastronomie, voyages et spectacles. En conséquence il confère un statut enviable aux retraités alors que cette existence de rêve est l’apanage d’une minorité. Je me souviens que la même envie était portée sur les habitants de la région parisienne alors que la charge d’enfants et les distances entre habitation et travail nous empêchaient de profiter de nombre des spectacles de la ville lumière.

Mais il est bon de rappeler la place des phantasmes érigés en valeurs premières. L’emploi de lunettes déformantes agit aussi à l’égard des seniors qui se voient tels que les autres les voient. Ils cherchent en conséquence à réparer les outrages de l’âge et à présenter à la société le meilleur visage possible. Ils y sont aidés par la publicité qui leur vante baumes, régimes amaigrissants, chirurgie esthétique. Le jeune est par définition l’exemple à suivre… Mais les jeunes en recherche d’emploi doivent eux posséder une expérience… Nous vivons donc une situation d’injonctions contradictoires où chacun peut se plaindre de sa situation présente. Les jeunes auraient d’ailleurs tort de croire qu’une aspiration forte au vieillissement puisse résoudre leurs difficultés. Car derrière l’âge, il y a les maux associés au vieillissement, avec une baisse de nombre de facultés et de possibilités d’action.

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En tant qu’observateur attentif de la civilisation hellénique, il oppose les sociétés qui font de la tradition une vertu, à celles qui privilégient l’innovation. Au lieu que le passé tienne lieu d’exemple, la modernité modifie les comportements en prônant la table rase. Le passé devient donc un folklore inutile et embarrassant. D’autant plus qu’il impose de nouvelles façons de vivre et de communiquer qui structurent un fossé entre générations. Non seulement les gérontes sont vieux et moches, mais en plus ils sont incapables d’assimiler les innovations notamment dans le domaine de la communication. A l’ère du numérique ils hésitent à abandonner les vinyles, cassettes, blocs-notes. Un seul naufrage ne leur suffit pas : échoués au plan de leur physique ils le sont aussi au plan de l’intellect. Ils sont bien retraités, c'est-à-dire en retrait définitif.

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Une deuxième vie est pourtant possible

Après des réflexions sur la « nouveauté » présentée par un important temps à vivre et à se construire différemment, il défend une autre vision des choses. Au lieu de vouloir que le senior singe le jeune il préconise des plans d’action qui sont autant de plans de survie. « Comme il n’y a pas de vent favorable à qui ne sait où il va », il décrit une vie possible dont il en décrit les axes. Non sans avoir dénoncé le laisser-aller de certains seniors qui jettent l’éponge au plan vestimentaire et diminuent le nombre de contacts. Au bout de ce chemin de solitude il y a aussi un plan de déréliction pleinement assumé par certains.

Remplir une deuxième vie suppose une révolte, un surpassement, une volonté de survivre en changeant l’orientation de son existence. C’est donc la possibilité qui est offerte à chacun de réaliser ses rêves, avec la fin de toute subordination au travail. Il faut concrétiser enfin ce que l’on se promettait de réaliser alors que le joug du travail pesait au quotidien sur nos choix. Or ce joug laisse des traces psychologiques en induisant un comportement où l’initiative individuelle à sinon disparu, du moins imprimé un comportement d’asservissement à la volonté d’autrui. La retraite devient donc un apprentissage qui nécessite une organisation de son futur. Les séminaires de préparation à la retraite expliquent qu’une préparation est indispensable pour se projeter à 5 ou  10 années dans le futur. La retraite intègre un véritable plan d’action au plan de la réalisation de ce que l’on se promettait d’accomplir au temps de sa servitude…

Monsieur Galy entame alors une réflexion qui distingue les activités conduites pour passer le temps, d’autres activités plus impliquantes. D’où sa polarisation sur le chant, la danse, la gymnastique en tant qu’éléments de sociabilité et de rencontre entre seniors. En fait pour danser il faut s’habiller, se coiffer, aller vers les autres. Agir en commun pour sortir de sa coquille. Monsieur Galy développe aussi l’implantation d’appareils de training dans les parcs de la ville.

 

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Si l’on y ajoute la création d’un espace d’apprentissage du Taï Chi sur le parvis du musée des Arts asiatiques il déploie tout ce qu’il est possible d’offrir à ses concitoyens.  Le responsable politique qu’il est occupe pleinement le terrain d’un laboratoire où les actes deviennent conformes aux promesses. Au terme d’une démarche assurée et assumée, notre auteur démontre qu’il est possible de passer de la théorie à la pratique. Bien des spécialistes des personnes âgées feraient bien d’en prendre de la graine. Je pense ici à quelques membres du Coderpa qui étaient totalement hostiles à une telle démarche au prétexte que les exemples asiatiques étaient difficilement importables à Nice. Pourtant la température moyenne de notre ville offrait de nombreuses potentialités à ces exercices déployés en plein air. Et, le nombre de seniors rassemblés en un même lieu, témoigne d’une force et d’une exemplarité, qui oblige à tenir compte de leur existence. En se déployant ils augmentent leur visibilité et donc leur considération. Ils oblitèrent une vision dévalorisante et fausse entretenue par le jeunisme ambiant. Moins de 15% des personnes âgées terminent leur vie en maison de retraite !! Bien des signes de déchéance : drogue, alcoolisme, incivismes (dont le bruit), appartiennent à d’autres catégories de personnes.

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Nul ne doute que Monsieur Galy intègre dans sa réflexion nombre d’éléments puisés dans les pays d’Asie. Comment ne pas observer que la mise des vieux y est plus recherchée et que leurs occupations sont plus variées que chez nous ? Les images des villes de Pékin, de Xian, de Shangaï, de Canton, de Kunming, Dali, Lijiang, nous montrent des seniors qui occupent l’ensemble du terrain des parcs, portes, contre-allées des villes. Ils chantent, dansent, jouent à tous les jeux possibles, donnant une animation permanente à d’immenses étendues qu’ils colonisent en symbiose avec leurs petits-enfants. Lorsque l’on sort pour rencontrer des copains ou pour promener les enfants, la coquetterie revient, le laisser aller s’éloigne. L’homme est un animal sociable…

 

Guy Muller

 

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commentaires

GALLI 27/02/2015 10:14

Bonjour, pourriez vous me transmettre le calendrier et les conditions d' inscription à la STAR SENIOR : ayant habité NICE pendant ... 37 ans, ayant remporté le MICRO d' ARGENS à PUGET l' année dernière, connaissant l' accordéonniste des castings ( je lui ai acheté un accordéon, un clavier et un arrangeur il y a une éternité ), j' aimerais retrouver un peu de bonheur par une éventuelle participation .
Merci
GALLI

givenchy 13/06/2014 17:22

ARTICLE TRES INTERESSANT

yuwan 01/02/2013 00:03

bonjour,
par la curiosité, les photos pour les retraité asiatiques ne sont pas prises dans le région qui s'appelle Yunnan en Chine? :)

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