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L'Or gris : note de lecture

par muller 3 Novembre 2011, 15:30 Notes de lecture

 

De François Nénin et Sophie Lapart

 

Le thème de la maltraitance institutionnelle est régulièrement abordé par la télévision, par des affaires déférées devant les tribunaux et donne lieu à des ouvrages dont il faut retenir les enseignements. Le vieillissement de la population est donc un terrain favorable pour y trouver la source de nouvelles rentabilités. C’est ainsi que la médicalisation croissante de certaines maladies peut contribuer à multiplier de nouvelles rentabilités profitables aux laboratoires pharmaceutiques. Nous avons décrit sur ce site les conséquences d’une trop grande perméabilité entre prescripteurs et laboratoires. Les seniors représentent un vaste marché qui a aussi donné lieu à un rapport du Médiateur de la République sur la Maltraitance Financière :

La Maltraitance Financière selon le Médiateur de la République

 

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Le business de l’or gris

L’Or gris présente en quelque sorte les dévoiements d’un marché qui est celui de l’hébergement en maison de retraite. Ce marché dont les fleurons sont cotés en bourse est assuré, selon les analystes financiers, d’une progression régulière de ses profits. Les maisons de retraite : Orpéa, Médica, Le Noble Age, sont les nouvelles valeurs de croissance de la bourse, assurées d’une progression de leur chiffre d’affaires de 10% par an. Les responsables de ces institutions ont l’œil rivé sur leurs indicateurs économiques ce qui conduit souvent à des pénuries de personnel, à des glissements de responsabilités, à l’exigence de commissions occultes de prestataires extérieurs. Le livre dessine alors l’économie souterraine des EHPAD et les pas de porte exigés  des intervenants extérieurs : professions libérales, ambulanciers, pédicures, coiffeurs, animateurs, pompes funèbres. L’achat de médicaments dans une pharmacie éloignée est même cité comme générant des commissions.

La faiblesse numérique du personnel encadrant les patients est à l’origine de la maltraitance institutionnelle. La France détient un record peu honorable en Europe avec le taux le plus faible d’encadrement  5 à 6 employés contre10 dans d’autres pays tels que la Belgique, l’Espagne, l’Allemagne.

          

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Voyage au cœur de la maltraitance

Le turn over du personnel nous informe pour chaque maison de l’absence fréquente de sélection de volontaires qualifiés pour occuper ces fonctions. En ces temps de chômage massif, les recrutés deviennent vite volatils et prêts à rejoindre d’autres structures : restauration, hôtellerie, etc. Lorsque l’on doit effectuer dix ou quinze toilettes consécutives tous les matins, le relationnel avec les résidents devient inexistant. Au moment des repas comment dominer une situation sans en venir au gavage ou à l’abandon de la personne, lorsque l’effectif est insuffisant. Quelquefois aggravé par l’absence d’un remplacement.

L’agitation des malades leurs déambulations peuvent gêner, aussi le recours à des médications puissantes (les neuroleptiques), donne aux salons et salles de réception, la vue de personnes végétatives et sans réflexes.

Dans le cadre du Coderpa des Alpes Maritimes, nous avions chiffré avec Almazur, la répartition de ces maltraitances sur un échantillon significatif de l’ordre de 1000 personnes. La maltraitance au domicile y était plus importante qu’en institution : voir le tableau suivant.

 Les chiffres d’Alma France et d’Almazur

Pour les besoins de cette enquête l’examen des chiffres nationaux d’ALMA donne les résultats suivants en 2006. Sur 2432 appels reçus 1150 ont donné lieu à ouverture de dossier pour des faits survenus au domicile et 444 sur des faits intervenus en institution. Au contraire du classement des catégories principales des faits au domicile, les dossiers en institution font apparaître d’importantes différences.

Au domicile la maltraitance est en premier lieu psychologique et financière pour obtenir de l’argent. Les chiffres du tableau suivant sont supérieurs à 100% car pour Almazur il existe un lien étroit entre  les maltraitances psychologiques, financières et physiques (la maltraitance enregistre deux items). Après obtention de ces moyens financiers, la violence devient physique. Une telle chosification de la personne âgée doit être connue, dénoncée et enfin réprimée.  

Types de maltraitance

Almazur

Domicile

AlmaFrance

Domicile

AlmaFrance

Institutions

Psychologiques

55%

32%

21%

Physiques

27%

10%

15%

Financières

33%

21%

16%

Négligences

16%

15%

28%

Médicales

8%

3%

8%

Voisinage

5%

5%

1%

Civiques

3%

8%

7%

En institution les négligences atteignent un taux de 28%, les violences physiques 15%, les violences psychologiques sont à 21%, la privation des droits civiques est de  7%. Les personnes âgées en institution se plaignent peu : 15% seulement. Dans l’impossibilité où je suis de publier le document de 50 pages d’Alma France, j’ai cherché au-delà des types de maltraitance quels sont ceux qui maltraitent.

-       44% sont des professionnels,

-       22% sont dits autres personnels.

Ce chiffre par son cumul (66%) nous interpelle de par sa fiabilité. La plainte émane en effet de tiers et non directement des personnes maltraitées. Le retrait des personnes âgées s’explique par des risques de rétorsion. Une implication croissante des professionnels et autres personnes pour 66% montre clairement l’existence d’une maltraitance organisationnelle subie, constatée et bien connue. Le remède réside dans la mise en place d’objectifs d’autoévaluations périodiques. L’amélioration de la formation des personnels révèle peut être aussi des manques de personnel. Insuffisances qualitatives et quantitatives se cumulent sans doute.

La proportion de 30% de négligences en institution contre 70% au domicile revêt un aspect trompeur, car les personnes âgées ne viennent qu’en dernier ressort dans les institutions, souvent trop tardivement aux dires des professionnels. Pire il y a moins de 20% de la population qui termine sa vie en institution. Nous sommes donc dans un biais statistique qui exige un redressement.  

François Nénin donne une autre raison à ce résultat puisqu’une seule maltraitance en institution en cacherait beaucoup d’autres. En conséquence, 70% des cas se situeraient en maison de retraite, contre 30% au domicile.

 

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Un secteur sans contrôle

 Le rédacteur nous décrit l’ambiance dans laquelle il a progressé dans ses investigations. L’omerta qui règne dans le secteur des maisons de retraite recèle plusieurs aspects ce qui rend difficile les actions correctrices. Les médias sont peu intéressés par la maltraitance et ont refusé toute insertion des dossiers présentés par Monsieur Nénin (pourtant journaliste à Nice Matin). France Soir, Médiapart, Bakchich, refusent leurs colonnes. « Le thème de la vieillesse rebute, il fait peur, il dégoute, il culpabilise aussi. Chacun a dans son placard un vieux qu’il va peu voir, ou en tout cas, pas assez. Parce que c’est loin, parce que c’est triste. Ce sujet nous oblige à nous projeter dans nos angoisses de la dépendance et de la déchéance physique, psychologique et intellectuelle. C’est une dernière étape avant la mort, un autre sujet lui aussi très caché.

L’absence de contrôles découle aussi des pressions subies par les journalistes enquêteurs qui sont dissuadés de traiter ce thème. Et lorsqu’ils le font à l’aide de caméras cachées doivent s’en justifier comme une émission de télévision a pu le prouver.

Toujours est-il que l’opinion publique est majoritairement hostile à la perspective de finir son existence dans une maison de retraite. Ce sujet a d’ailleurs préoccupé le SYNERPA (organisme qui regroupe les maisons de retraite) lors de son dernier congrès à Nice.

 

Le témoignage de Sophie Lapart

Sophie était aide-soignante et référente en matière de bientraitance dans une institution où elle est restée 15 mois. Dès son arrivée elle constate la démotivation du personnel et un planning horaire fou destiné aux résidents. Le sous effectif conduit l’équipe de jour à déléguer des tâches à l’équipe de nuit. C’est ainsi que les toilettes commencent à 4 heures vingt du matin. Ce programme de la journée ne respecte en rien le confort des personnes âgées. En pleine nuit le ménage est fait. Il n’y a pas de toilette approfondie, des soins de bouche trop rares. Faute de temps les transferts du lit au fauteuil deviennent rares.

Quelques cas servent à décrire une situation. Ainsi sous le titre « Michel » une description de la mise en place d’une camisole chimique est détaillée. Hospitalisé pour des troubles mentaux l’étiquette Alzheimer lui est infligée. Il est certes agressif, mais n’a jamais été informé du décès de sa femme. Sa  propre fille ne lui a rien dit. Michel pose la question d’une façon lancinante du matin au soir. Son agressivité augmente, la camisople chimique entre en action. Une réunion est organisée avec la psy pour l’informer, mais la psy part en congés… La directrice lui annonce le décès en présence de la fille et de son gendre. Michel finit par se replier dans sa chambre, ne prend plus de repas, ne parle plus du tout. Il devient inexistant.

Les pensionnaires de maisons de retraite sont les plus grands consommateurs de calmants : 65% en institution, contre 35% à domicile. Le sirop d’Atarax coule à flot dans certaines structures. Plus le personnel est réduit, plus on en consomme.

Plusieurs autres situations sont décrites par Sophie Lepart qui avoue son désarroi pour améliorer les choses. Elle se heurte à de nombreuses reprises à un personnel démotivé.

A la suite d’un accident de service, elle quittera définitivement, l’univers des maisons de retraite.

              

           Je recommande chaleureusement la lecture de cet ouvrage qui exprime bien la situation actuelle par une sorte de démission des contrôles  de l’Etat. Le report du dossier sur la « Dépendance », après quelques débats, montre bien que l’urgence décrétée par les pouvoirs publics est ailleurs.

            Faut-il baisser les bras pour autant ? Nous connaissons des responsables de maisons de retraites et des autorités publiques qui œuvrent dans le bon sens. Des expériences sont en cours au Canada, « l’humanitude » exprime au autre courant de pensée, qui progresse. Enfin des bilans réguliers sous la forme d’auto-évaluations des pratiques  internes aux maisons de retraite peuvent offrir la possibilité de redresser la barre. Ces évolutions favorables aux résidents seront traitées dans une future rubrique. Mais il ne faut pas oublier la responsabilité des familles et de ceux qui placent les résidents dans leur devoir de contrôle et de participation au fonctionnement des conseils de résidents. C’est le délaissement des vieux par tous qui génère les vices et abus décrits dans l’Or gris. 

 

Guy Muller

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commentaires

Muller Guy 07/12/2014 10:20

Merci pour l'information, je republie à cette occasion, la note de lecture du livre.

Tristan 01/12/2014 07:00

Un film "la ruée vers l'or gris" de Magali Cotard a été tiré du livre qui porte le même titre "L'or gris" sorti en 2011 et écrit par le journaliste François Nénin, avec une aide soignante, Sophie Lapart et un gendarme qui enquête sur la maltraitance, Christophe Fernandez

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