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Le Conseil d'Orientation des Retraites : COR

par muller 28 Mars 2010, 10:12 Les sites de REFERENCE

Le COR soumis au corrector

 

Billet de présentation

 

Guy Muller continue à suivre l'actualité de la réforme de retraites. Il présente un premier article qui montre une erreur dans les extrapolations du COR entre 2005 et 2008. Mais dans un prochain article il vous rendra compte de la conférence de Nice où il représentait la DIRPA.

 

Le Conseil d’Orientation des retraites vient de connaître sa première crise importante cette semaine. En effet ses hypothèses de travail ont envisagé un départ en retraite à 70 ans sans que l’on sache exactement qui a introduit cette demande. Alors que le COR travaillait essentiellement par consensus, les organisations syndicales ont vivement réagi, d’autant plus fort que l’âge de départ apparaît comme la plus forte variable qui soit envisagée. Jeudi dernier, le Medef démentait avoir demandé d’envisager un calcul basé sur les 70 ans. Les représentants du Gouvernement auraient donc choisi d’introduire cette variable. 

Pour que ce site soit en phase avec l’actualité je vous propose de montrer comment le COR s’était trompé en 2005 sur la longévité des seniors. Vous entendez souvent des contre-vérités sur l’augmentation de la durée de vie qui serait d’une année tous les quatre ans. Or des thèses différentes sont soutenues par Etienne Baulieu et par Daniel Reguer dont la dernière conférence à Nice sera publiée ici prochainement. Ces deux spécialistes démontrent que le gain d’espérance de vie est d’une année tous les dix ans. Daniel Reguer démontre qu'une femme de 70 ans en 1900 avait encore 8 années de survie, alors qu'aujourd'hui elle dispose de 12,3 années de survie, soit un gain de 4 années en 110 ans.

 

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Faux : Le gain d’espérance de vie d’un an tous les 4 ans

L’hypothèse 2005 s’est trompée sur la fécondité, l'emploi des seniors, le taux de chômage et surtout la longévité ! Les nouveaux chiffres donnés en 2008 semblent beaucoup plus réalistes.

Dans la rubrique visant à impressionner le petit peuple cette formule ou ce slogan pèse fort dans l’inconscient. Elle permet surtout de dire qu’il faut en conséquence prolonger la durée des cotisations encore et toujours plus. Or la réalité est beaucoup moins optimiste puisque de nombreux facteurs d’aggravation sont venus s’ajouter : tabagisme et alcoolisme précoce chez les jeunes et les femmes. Utilisation de drogues de plus en plus dures, sida, pollution des villes…

En fait on oublie aussi la qualité de la vie ou de la survie. Une visite de maisons de retraites ou d’une unité de soins palliatifs montrent qu’il ne faut pas trop poursuivre sur la voie d’une médecine triomphante. La découpe de l’individu en de multiples organes soignés par des spécialistes donne une idée euphorique de notre disparition, très éloignée de certaines réalités objectives. A quoi bon vivre plus longtemps si c’est pour être couché et grabataire ? Si c’est pour être emmuré vivant dans une camisole médicamenteuse ? Si c’est pour être abandonné par sa famille et vivre de plus en plus isolé ? La moitié de la population française a peur de finir en maison de retraite en dépit de l’assurance d’une prolongation de sa durée de vie ! Cherchez l’erreur !!

N’est ce pas une triste réponse apportée à la perspective d’une vie prolongée ? Si vous vous imaginez que l’usure du corps peut être arrêtée facilement c’est oublier qu’il y aura toujours des organes plus faibles et qui ne suivront pas au top de leurs capacités. La diminution de la vue, l’extension illimitée des rhumatismes de toute nature, la fragilisation de l’audition, des os et des principaux filtres (foie-reins) sont des altérations permanentes dues à l’écoulement inéluctable du temps. Aussi avant de crier victoire, je conseille à nos lecteurs de songer à la qualité de la survie qui nous est promise.

La qualité de la vie du retraité dépend aussi du montant de ses revenus. Or les projections réalisées montrent toutes des diminutions programmées :

- l’application de décotes pour des durées de chômage ne peut qu’augmenter,

- les futures retraites seront plus faibles de 26% aux retraites actuelles,

- les retraites actuelles perdent 1% par an de pouvoir d’achat, mais en 2008 la perte sera encore accélérée.

- les retraites ne représentent que 50 à 75% de la rémunération d’activité.

Comme tous ces processus sont cumulatifs, on voit que la qualité de la vie sera à terme considérablement dégradée, pour les retraites les plus faibles. Ces baisses de pouvoir d’achat auront une conséquence sur la qualité de l’alimentation, l’hygiène et l’aptitude à se soigner dans les meilleures conditions. C’est donc avec une calculette à la main que les retraités de demain arbitreront diverses insuffisances jusqu’au suicide final. La population des personnes âgées est en effet celle dont le taux de suicide est le plus élevé de toute la population (en pourcentage et en taux de réussite).

 

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Les chiffres contestés du rapport de 2005

Il faut savoir que ces extrapolations ont été immédiatement entérinées après 2005 par les organismes de retraites et les assureurs, pas du tout mécontents d'augmenter la durée des tables de vie sur les contrats. Or il apparaît que le gain d'un trimestre de vie tous les ans disparaît concrètement entre 2005 et 2007, les hypothèses étant revues à la baisse. Vous lirez dans le tableau de la page 19 que nous vivrons moins longtemps sur la base des calculs de 2007, que sur celle de 2005. Que penser de la valeur de statistiques qui varient de façon si importante sur une projection à 40 ans de distance ? Plus l’horizon de 2050 se rapproche et moins la durée de vie est longue. Entre 2005 et 2007, non seulement il n’y a pas augmentation de la durée de vie mais au contraire une diminution.

- le taux de fécondité s’améliore et passe de 1,8 à 1,9,

- l'espérance de vie des hommes en 2050 : 84,3 à 83,8 ans,

- l'espérance de vie des femmes en 2050 :  91 à 89 ans,

- le taux de chômage estimé à 4,5% est maintenu à 4,5% !

Pour les variantes ou scénarios alternatifs la diminution de la longévité estimée est encore plus forte.

 

      -   Espérance de vie en 2050 : hypothèse 2005 : H : 82,6 ans - F : 87,7 ans ;  H : 86,0 ans - F : 94,0 ans

 -  Espérance de vie en 2050 : hypothèse 2007 : H : 81,3 ans - F : 86,5 ans ;  H : 86,3 ans - F : 91,5 ans

 

      La conséquence de cette erreur d’estimation (page 21) montre que le besoin de financement passe de 3,1 à 1,7 (points de PNB) à l’horizon 2050. C'est donc une erreur de 55%  qui apparaît par rapport aux prévisions initiales !! Si le COR se trompe lourdement sur quelques années que penser de la validité de ses hypothèses sur 40 ans !

 

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La ville de Nice fait danser et chanter ses seniors

 

La création d’une mystification

 Comme les conditions d’une compétitivité équitable n’ont pu être réalisées, l’Occident a accepté de fait une réduction programmée des salaires de ses habitants. L’aveuglement des dirigeants se concilie parfaitement avec les plans des employeurs visant à créer une population malléable. Mais pour lutter contre les écarts salariaux de Chine ou d’Inde, il faudra réaliser encore de nombreuses mises à niveau en baisse, pour répondre aux exigences de l’OMC. Il n’était pas raisonnable d’accepter une compétition entre pays ayant d’aussi fortes disparités au plan de la protection sociale comme  au plan des niveaux de salaires.

Afin de prolonger la durée d’activité les gouvernements agissent sur plusieurs leviers :

- la durée hebdomadaire du travail,

- la durée annuelle du travail,

- le nombre d’années d’activité pendant l’existence du travailleur.

 

C’est dans ce cadre que l’argument selon lequel nous gagnerions 1 trimestre par année en prolongation de notre durée d’existence devient un argument spécieux.

Le Professeur Etienne Emile Baulieu (le découvreur de la DHEA), dans un entretien au Monde en date du 25 juillet 2008, en administre la preuve. L’âge maximal de vie augmente d’un an tous les dix ans. Ce constat a été réalisé en observant les registres d’Etat civil des pays nordiques. On comprend tout l’intérêt qu’il y a à prolonger des durées d’activité des salariés au-delà de toute nécessité objective. En agissant par excès, les caisses de retraites et les assureurs, se créent des dividendes futurs. Avec un gain d’un trimestre tous les ans on peut facilement majorer les durées d’activité des fonctionnaires et des services publics de 5 ans d’un coup et ultérieurement d’une ou deux années.

En revanche, si le gain en survie n’est que d’une année tous les dix ans, la prolongation massive des durées d’activité de 2 à 7 ans devient dépourvue de toute légitimité et largement supérieure au gain de vie espéré. La seule prolongation de 2 ans des durées d’activité mange la totalité du gain de survie obtenu sur 20 ans.

Comment en est on venu à persuader la population de gains en fait inexistants ? Les chiffres sont fournis par des spécialistes de la prolongation de la vie : docteurs, laboratoires. Tous ont un intérêt immédiat à donner du bonheur par estimation. Les gens ne seront-ils pas plus heureux même si les chiffres sont contrariés ? Les efforts réalisés : investissements, hôpitaux, recherche scientifique et médicale, vont dans le sens d’une médecine triomphante. Nous retrouvons une perversion connue où les régimes communistes montraient que l’évolution était toujours profitable à l’humanité.

Une autre erreur d’importance est commise. Si l’on examine la pyramide des âges, on voit qu’elle s’infléchit vers les 65 ans pour ne plus concerner que la moitié de la population. L’art de la statistique est donc d’expliquer aux proches des noyés qu’ils ont péri dans une petite rivière de 60 centimètres de profondeur en moyenne !!

Que les chiffres sont beaux pour les lobbys de la survivance qui n’examinent que la situation d’une population réduite de moitié. Il va de soi que les survivants ont des espérances de longévité supérieures à la moyenne du fait même de leur survie !

Le simple examen des actes d’état civil ramène tout ce beau monde à la raison !

 

En dépit de la publication des dernières statistiques du Conseil d’orientation des retraites la presse et de nombreuses personnes n’ont pas effectué la mise à niveau liée à la diminution des perspectives de la durée de vie. C’est dommage car la machine à tromper et à donner de vains espoirs tourne encore à plein régime. C’est qu’il y a une plus grande capacité d’écoute pour les promesses que pour les réalités. Nous sommes considérés comme de grands enfants qu’il convient d’alimenter en espoir. Tous les charlatans prospèrent d’ailleurs sur l’espoir d’un futur forcément meilleur. Notre crédulité fait toute leur puissance (Voltaire).

 

Guy Muller

 

Le Conseil d'Orientation des Retraites : COR

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