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Le temps ne fait rien à l'affaire... de Jérôme Pellissier

par muller 10 Juillet 2012, 18:22 Notes de lecture

 

La Guerre des Ages, suite 

 

Jérôme Pellissier reprend ses premières thèses de « la guerre des âges ». Dans ce livre il affirmait que la crise économique favorisait la recherche de boucs émissaires. De nombreuses déclarations politiques dénoncent : la «déferlante des vieux » où les vieux sont stigmatisés par de nombreux clichés. Les vieux seraient trop nombreux et menaceraient même l’équilibre parlementaire.

Vieux à quel âge ?

 

Alfred Sauvy voyait déjà dans le vieillissement de la population une menace pour l’expansion économique : il reprenait ainsi les idées de l’entre deux guerres qui liaient  bonne santé démographique, défense nationale. 
 
«Valérie Pécresse voudrait lutter contre le fléau du vieillissement de la population ». Sans trop dire comment,  par l’augmentation de la natalité, par l’élimination des vieux ?  Or la récente campagne électorale l’a vue réciter des éléments de langage comme si elle était dépourvue d’idées personnelles. L’irruption de conseillers en communication, la rédaction de discours pour les détenteurs du pouvoir, montre au contraire un vieillissement neuronal avancé chez ceux qui se croient toujours jeunes. Avant eux les politiques avaient une aptitude à penser par eux mêmes.
  
L’âgisme tout comme le racisme est une façon de fractionner la société. Ils ont  d’ailleurs certains arguments en commun. Toutefois il y a une différence importante au niveau du slogan. En matière d’immigration, nous avons des frontières, et donc un statut de l’immigré/émigré. Pour les vieux, la frontière/âge ne peut servir de preuve définitive du fait de l’allongement de la durée de vie au travail. Ainsi, paradoxalement, lorsque la frontière passe  de 60 à 65, 70 ou 75 ans, les vieux sont moins nombreux. Jérôme Pellissier, par de multiples calculs, prouve que le glissement continu de cette frontière contribue à maintenir stable le nombre de vieux, d’autant plus que 35% ont disparu avant d’atteindre 75 ans. En 2050, il y aura un tiers de personnes de 0 à 30 ans, un autre tiers de 30 à 60 ans, un dernier tiers de plus de soixante ans. Or d’ici là la frontière aura changé car elle est déjà déplacée à 67 ans pour les régimes de retraite. Faut-il regretter la situation du début du 19ème siècle où un enfant sur deux mourait avant 10 ans et où un jeune adulte sur deux était à 21 ans orphelin de ses parents ?
 
La mine des clichés
En 1950 12% de la population avait plus de 65 ans, en 2050 12% de la même population aura plus de 75 ans. Le tsunami des vieillards annoncé ne risque pas de se produire.

 

 

Jérôme Pellissier dénonce bien des attitudes de la vie courante qui montrent le  peu d’élégance manifesté par certains actifs, sûrs de leur productivité, de leur importance dans la société. Il décrit d’ailleurs le comportement de vieux civilisés dans un compartiment de voyageurs vis-à-vis de personnes absorbées par leurs grilles de Sudoku (ou par leurs ordinateurs). Ces personnes  parcourent des centaines de kilomètres sans voir la nature et sans porter le moindre regard sur leurs compagnons de voyage. Ils enchaînent grille sur grille, page après page comme des robots.

Il m’est revenu à l’esprit une anecdote. A l’occasion de l’arrêt des vols consécutif aux nuages volcaniques venus d’Islande, notre groupe de voyageurs attendait un retour à la normale. Tous les jours un point était fait sur la reprise des vols par notre consul à Canton. Plusieurs responsables d’entreprises arguaient qu’une priorité devait leur être accordée au détriment des seniors (retraités qui ont les moyens de voyager). Que les retraités étant inutiles à l’économie en général, ils pouvaient patienter, en empruntant un autre vol. Quelle vaine prétention de croire que son métier, que ses activités sont plus importantes que celles des autres. M’étant levé je déclarais alors que j’exerçais divers mandats bénévoles dans la société, dans mon immeuble et auprès de mes petits-enfants, toutes tâches qui allègent d’autant la vie des actifs. L’engagement de ces derniers est en réalité un engagement pour gagner sa vie transformé en une « mission » pour des raisons de survie psychologique. Après un temps de silence, la réflexion de l’auditoire s’approfondissant, les quelques timides bravos se transformèrent en une marée d’acclamations. Il est donc possible de stopper des dérives en les réduisant à ce qu’elles sont : des affirmations de suffisance, des préemptions d’autorité, des fanfaronnades. 

 

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L’or des Seniors

L’un des clichés des plus courants consiste à considérer que les personnes âgées disposent d’un important patrimoine. En conséquence, elles sont souvent décrites comme des jouisseurs aisés. Or ces affirmations mettent en avant des retraités qui sont très minoritaires. La réalité économique, apporte toutefois des éléments très différents, avec une retraite moyenne de 1100 euros par mois. De plus une distorsion importante apparaît entre le revenu des hommes et celui des femmes.

Les femmes disposent d’une retraite de l’ordre de 60% de celui des hommes. Comme elles survivent aux hommes de plus de 7 ans, cette survie est une vie de renoncement, avec 800 euros par mois contre 1500 euros pour les hommes.

Mais alors où se trouvent les seniors aisés, avides de voitures, de voyages, de chemises Lacoste ? Ils existent certes mais 1,5% des hommes et 0,5% des femmes disposent d’une retraite supérieure ou égale à 3000 euros. Même ces « riches » auront du mal à payer une maison de retraite dont le prix de pension est supérieur à 100 euros par jour !! L’INSEE confirme que le revenu moyen du retraité est de 20% inférieur à celui d’un actif. « Vivent les moyennes, qui donnent le sentiment que tous sont aisés, quand très peu le sont énormément ». Il existe bien un filet de protection pour les vieux pauvres avec l’ASPA (allocation de solidarité aux personnes âgées) de 700 euros par mois. L’ASPA est perçue par 600 000 personnes. Ce niveau est légèrement supérieur à celui permettant de bénéficier de la CMU.

L’emploi de stéréotypes distille un message destiné à conforter l’absence du moindre devoir de solidarité. Si les retraites coûtent trop cher c’est que l’observation de leur masse empêche de regarder les cas individuels. Car le minimum de pauvreté européen est arrêté à 900 euros. 40% des femmes retraitées perçoivent une retraite inférieure à ce niveau d’exigence. De nombreux commentateurs et économistes déclenchent une véritable guerre des âges qui trouve son inspiration directement dans les années trente. Selon les théoriciens nazis les vieux, les handicapés consommaient des ressources au détriment des jeunes ouvriers et des soldats. Cette thèse sur les bouches inutiles devait aboutir à un plan d’élimination. 

 

Les vieux doivent assumer leur risque

Dans une société minée par la destruction des solidarités, faut-il s’étonner de constater que chacun essaie de bénéficier au maximum de son statut ? Les mutuelles se sont engagées dans une gestion du risque différenciée selon le coût lié à l’âge. Un jeune assuré célibataire de surcroit bénéficie en conséquence des tarifs les plus faibles. Un vieux devra payer beaucoup plus cher d’autant plus que son entreprise ne participe plus au financement de sa cotisation. Vient alors le temps où les vieux paient plus cher une assurance qui les associe directement aux coûts qu’ils représentent. Et cela même s’ils ont toujours cotisé sans connaître les différenciations instaurées en fonction de l’âge depuis lors. Oui, dans une époque bénie, on cotisait alors pour les autres, sans trop regarder sa situation propre ! Dans ces temps nouveaux, plus de solidarité entre générations, chacun considère son risque et exige le meilleur ratio cotisation/prestation. Cependant il faut savoir que l’enfant de moins de dix ans coûte autant à la société qu’un vieillard. En conséquence seuls les jeunes célibataires s’avèrent être de faibles consommateurs de prestations.

 

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Le temps ne fait rien à l’affaire

Agisme, jeunisme sont des états transitoires, mais qui sont le fruit de stéréotypes sociétaux. Les vieux sont invités à rejeter les stigmates de la vieillesse en copiant les jeunes. La chirurgie esthétique, l’emploi du viagra, la recherche d’un habillement conforme, sont autant de pièges. En effet vieillir c’est assumer une liberté conquise. Les jeunes sont imprégnés, prisonniers de vérités enseignées. Ils adhèrent à tout : presse, politique, débats, affrontements, guerres. Il faut porter le poids de sa famille et de ses traditions, de son groupe, de son école…

 

Michel Serres dit « j’ai pour ce qui me concerne, vécu l’avancée en âge comme un détachement vis-à-vis de tous ces poids là. Vieillir, c’est rejeter les idées préconçues, être plus léger. La vie s’écoule comme un allègement progressif ».

Par comparaison à ces jeunes actifs entièrement tournés vers l’activation de l’économie, les vieux apportent par contraste une autre ambition par leur engagement bénévole. C’est eux qui font vivre les associations, les copropriétés, qui aident leurs enfants et petits-enfants. Ils assurent par leur présence une permanence efficace auprès des leurs sans préavis. La personne âgée rappelle que la vie est éphémère et qu’une vision purement économique ne résume pas l’ensemble de nos existences.

Les vieux ne doivent en aucun cas singer les jeunes. En aucun cas ils ne courront plus vite, mais ils doivent se focaliser sur le développement d’aptitudes qui elles ne vieillissent pas… La solidarité, l’entraide, ne comptent pas dans le PIB, mais elles rendent des services en huilant la cohésion sociale.

 

 

Guy Muller, pour la Défense des Intérêts des Retraités et des Personnes Agées

 

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