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De 2012-2016 à 2020-2024, l’écart d’espérance de vie entre les personnes modestes et aisées s’est accru

par Guy Muller 13 Janvier 2026, 16:17 Les sites de REFERENCE

 

La devise de l’INSEE « mesurer pour comprendre » s’avère être une donnée clé pour aborder les importants écarts en durée d’espérance de vie selon le niveau de vie des personnes. C’est particulièrement important en matière de réforme de retraites lorsque les discussions sont menées par les bénéficiaires des durées de vie les plus importants. Comment peuvent-ils comprendre l’attitude des gens placés en situation d’infériorité ? La durée de vie devient donc un véritable privilège pour ceux qui en bénéficient le plus.

Aussi le débat axé sur un âge légal de départ pour tous s’avère être une erreur. Nous avons tous les outils pour observer et reconnaitre les métiers qui abrègent la durée de vie. Or les débats notamment sur les médias « d’information » sont monopolisés par des personnes qui bénéficient du système et donc de la longévité offerte par des carrières bien à l’abri des risques. Ils peuvent affirmer regardez dans les autres pays qui ont accepté des durées d’emploi plus longues.

Tandis que le monde du travail confronté aux difficultés du quotidien s’arqueboute sur l’horizon le plus proche. La même étude de l’Insee publiée en 2016 montrait une différence de durée de vie de six ans en 2016 :

La nouvelle étude de l’Insee montre que cet écart s’est accru à treize ans :

Depuis plusieurs années, un refus de prendre en compte la pénibilité, permet une sorte de colonisation intérieure au détriment de secteurs économiques entiers. Ce qui abrège la durée de vie ce sont les horaires de travail variables :  la nuit, les dimanches et jours fériés, les alternances entre travail du matin, de l’après-midi et de nuit. Les secteurs concernés sont le bâtiment, les transports, l’hôtellerie-restauration, les services hospitaliers et de santé, les transports, l’entretien et la pose des réseaux d’électricité, de gaz, d’eaux, de télécommunications.

 

L’espérance de vie augmente avec le niveau de vie.

Sur la période 2020‑2024, parmi les 5 % de personnes les plus aisées à chaque âge, les hommes ont une espérance de vie à la naissance de 85,0 ans. À l’opposé, parmi les 5 % de personnes les plus modestes, les hommes ont une espérance de vie de 72,0 ans. Les hommes les plus aisés vivent donc en moyenne 13 ans de plus que les plus modestes.

Chez les femmes, l’écart est plus faible : l’espérance de vie à la naissance des femmes parmi les 5 % de personnes les plus aisées atteint 88,7 ans, contre 80,1 ans parmi les 5 % les plus modestes, soit 9 ans d’écart.

Pourquoi les personnes les plus modestes vivent-elles moins longtemps ? Tout d’abord, le niveau de vie peut avoir un effet direct sur la santé. Ainsi, les difficultés financières peuvent limiter l’accès aux soins. Par exemple, 3,2 % des personnes parmi les 20 % les plus modestes déclarent avoir renoncé pour des raisons financières à des examens médicaux (hors soins dentaires), contre 1,8 % de l’ensemble de la population.

Par ailleurs, le niveau de vie est étroitement lié à d’autres caractéristiques socio‑économiques, comme la catégorie sociale ou le diplôme, qui influencent également l’état de santé. Les cadres ont souvent un niveau de vie élevé et sont moins soumis aux risques professionnels (accidents, maladies, etc.) que les ouvriers. 

 

Travailler plus, pour mourir au travail

Ce véritable gouffre est systématiquement tenu en dehors des objectifs politiques. Mais en passant dans l’ombre, l’espérance de vie devient la variable d’ajustement des autres politiques. Lorsqu’on parle de réduction des déficits, de « remise en ordre des comptes publics », d’attractivité ou de « fuite des riches », il faut toujours songer à cet écart comme au coût humain payé lorsque ces discours en faveur du capital deviennent réalité.

Ainsi en est-il de l’Ondam. Le dernier projet de loi de financement de la Sécurité sociale signe encore une croissance des dépenses inférieure d’un point à la croissance « naturelle ». Autrement dit, il continue d’aggraver l’effet d’hystérèse et donc de faire peser le coût de l’ajustement budgétaire sur les plus fragiles. Cette étude permet enfin de jeter une lumière différente sur le débat autour des retraites. On conçoit, au regard de ces écarts, ce que l’argument habituel selon lequel « on doit travailler plus longtemps parce qu’on vit plus longtemps » peut avoir de cynique. Car comme l’espérance de vie est plus faible pour les plus pauvres, remonter l’âge légal de départ à la retraite ne signifie rien d’autre que de faire payer davantage aux plus pauvres les pensions des plus riches.

Et comme les plus modestes meurent, on l’a vu, plus tôt, les faire travailler plus longtemps revient à les faire littéralement mourir au travail. D’autant que le travail des plus modestes est plus rude et plus dangereux, et est une raison supplémentaire de décès pour cette tranche de la population. Ces décès ne sont pas que le fruit du hasard, ils sont aussi la conséquence d’une politique de classe. Aussi, puisque les conditions de travail sont également une raison de la différence d’espérance de vie, les plus pauvres meurent plus tôt. En somme, il leur faut mourir avant la retraite pour permettre le financement des retraites des plus riches. Ce qui, bien entendu, laisse le problème de financement intact et prépare la voie à de futures réformes.

Cette étude de l’Insee permet donc de dévoiler l’envers du décor des belles théories économiques qui inspirent les politiques publiques. Cet écart d’espérance de vie n’est pas que théorique. Pour les personnes concernées, ce sont des tragédies quotidiennes qui viennent en rétribution de vies de labeur. Des vies qui sont sacrifiées sur l’autel de ceux qui profitent du système actuel.

De 2012-2016 à 2020-2024, l’écart d’espérance de vie entre les personnes modestes et aisées s’est accru
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