Le livre « Le Grand Détournement » de Matthieu Aron et Caroline Michel-Aguirre, paru le 11 septembre 2025, dénonce une politique économique qui, selon les auteurs, favorise les plus riches et les grandes entreprises au détriment des contribuables ordinaires. Voici les points clés de cette enquête :
- Transfert d'argent public : Les auteurs affirment qu'environ 270 milliards d'euros par an sont détournés vers les particuliers fortunés, les grandes entreprises et leurs actionnaires.
- Inversion de la fiscalité : La politique de l'offre, mise en place depuis trois décennies, aurait inversé la fiscalité en France, traditionnellement présentée comme un modèle d'égalité.
- Aides et niches fiscales : Le chiffre de 270 milliards inclut les aides directes aux entreprises, les niches fiscales, ainsi que les exonérations et exemptions de charges patronales.
- Controverse : Ce chiffrage inédit est susceptible d'être contesté, mais il s'appuie sur des données récentes et fiables.
Le livre est une critique acerbe de la politique économique actuelle, notamment celle d'Emmanuel Macron, et intervient dans un contexte de débat sur le budget 2026 et le redressement des finances publiques. Le constat des journalistes est confirmé par un rapport sénatorial qui chiffre le détournement à seulement 211 milliards. .
La « politique de l’offre » constitue un « hold-up » au profit des plus riches et des entreprises.
C’est au moment où le gouvernement cherche à boucler son budget avec de grandes difficultés que ces rapports sortent de l’ombre nombre de solutions alternatives. Car on apprend que chaque aide parmi plus de 2 200 existantes n’a jamais été soumise à l’examen de leur utilité.
Depuis trois décennies, un transfert colossal a été mis en place avec l’aval des gouvernements successifs, affirment les auteurs. D’un côté, la pression n’a cessé de s’accentuer sur les contribuables « lambda ». De l’autre, l’argent tiré des impôts est, en partie, dérouté vers les particuliers les plus fortunés, les grandes entreprises et leurs actionnaires. « Dans un pays longtemps présenté comme un modèle d’égalité, la fiscalité s’est peu à peu inversée », résument Matthieu Aron et Caroline Michel-Aguirre.
Si le fait que les milliardaires paient relativement peu d’impôts est déjà connu, en particulier grâce aux travaux de l’économiste Gabriel Zucman, l’ouvrage n’en présente pas moins trois intérêts. D’abord, il est solidement étayé avec des chiffres récents et fiables. Ensuite, les auteurs ont un talent certain pour vulgariser des phénomènes complexes, comme l’enchevêtrement fiscal ou le maquis des aides publiques, et surtout pour les articuler de manière à dessiner une image globale.
Un nouveau constat sans effet notable
Une seule entreprise a été contrainte (moralement) à rembourser les aides encaissées. Il s’agit de Michelin qui vient de rembourser les aides reçues pour des machines neuves expédiées en Roumanie. Toutes les autres sociétés citées se sont mises aux abris. Citons, Sanofi, ST Micro, CMA-CGM, LVMH….
Un autre détournement des moyens de l’Etat
Quelquefois une société peut employer la police à des fins privées, pour tenter d’absorber un concurrent tel Hermès. Un récent procès à l’encontre de Bernard Squarcini a prouvé que LVMH a espionné le journal Fakir et son directeur François Ruffin à l’occasion du tournage du film « Merci patron ». En mars 2025, Monsieur Squarcini a été condamné à quatre ans de prison dont deux avec sursis pour avoir détourné les moyens de l’Etat du temps de sa présence à la DCRI pour le compte personnel du patron de LVMH. Il avait fait espionner le journal et son rédacteur en chef, mis sur écoutes un policier, Puis il avait conservé après son départ de la DCRI des centaines de documents classifiés portant sur des affaires sensibles. Le groupe LVMH a reconnu sa responsabilité pénale en versant une amende importante ce qui lui a évité un procès public.
Les conséquences du détournement
Il n’y a pas d'argent magique et ce qu'on donne d'un côté, on le prend dans une poche de l'autre. La « politique de l’offre » constitue un « hold-up » au profit des plus riches et des entreprises. Ce dispositif a eu des conséquences sur les deux extrêmes de l’échelle sociale. Il a provoqué une « smicardisation » de la population – 17 % de la population aujourd’hui – car exonérer de cotisations les plus bas salaires bloque mécaniquement les augmentations au-dessus. Le livre publie quelques tableaux dont celui de la progression de la pauvreté depuis 1996. On peut y ajouter la progression du chômage !
Un livre à lire d'urgence pour s'informer.

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