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Le justicier d’Athènes de Petros Markaris

par Guy Muller 15 Janvier 2015, 00:25 Notes de lecture

Le justicier d’Athènes de Petros Markaris
Le justicier d’Athènes de Petros Markaris
Le justicier d’Athènes de Petros Markaris

Petros Markaris est un auteur de romans policiers qui porte, dans les enquêtes du Commissaire Kostas Charitos, des regards sur la situation économique des gens ordinaires. Le roman policier est une façon de décrire la décomposition de la société grecque. Un policier circule beaucoup, ses itinéraires, ses rencontres, ses investigations dressent un état psychologique de la vie à Athènes. Chaque nouveau roman, nous entraîne dans la baisse du niveau de vie subie par la population, simultanément avec celle de la famille du commissaire. A titre d’exemple, dans le dernier livre publié, son épouse organise une sorte de soupe populaire pour l’ensemble des membres de la famille. Plus de  viande, plus de dessert, il faut désormais, choisir l’alimentation en fonction de son coût. Mais n’est-ce pas le cas de nombreuses personnes âgées des Alpes Maritimes qui ont supprimé les fruits et le poisson frais de leur menu !!

 

Au fil de ses enquêtes, le commissaire Kostas Charitos décrit le manque de moyens progressif, de la police et la décomposition progressive de l'économie. Photocopieuses à l’arrêt, voitures en panne, manifestations permanentes dans les rues, magasins fermés, immigration et émigration des plus jeunes, extension des trafics.

 

En ce début d’année, la Grèce occupe le premier rang parmi les préoccupations de l’Europe. En dépit de plusieurs plans de réduction des déficits, ceux-ci ont augmenté en quatre ans de 112% à 172%. Une telle situation doit beaucoup à l’ignorance économique de la troïka. Le PNB a été réduit par plusieurs plans de réduction des dépenses des fonctionnaires et des retraités. Au total avec des réductions de l’ordre de 30% des revenus, toutes les recettes fiscales ont diminué encore plus, d’où l’importance du déficit actuel. Depuis quatre ans que le pays, au bord de la banqueroute, a été mis sous tutelle des instances européennes, les faillites d’entreprises ne se comptent plus, l’émigration des jeunes s’accélère tout comme la pauvreté. Avec la dépression nationale qui sévit, les suicides se multiplient. Markaris entremêle le quotidien des policiers, dans la recherche des crimes, avec plusieurs suicides. Il y a trois suicides dans le Justicier d’Athènes, dont ceux de deux jeunes gens et celui d’un commerçant.

Le justicier d’Athènes de Petros Markaris
Le justicier d’Athènes de Petros Markaris
Le justicier d’Athènes de Petros Markaris

Suicide de quatre retraitées

 

Ce jour-là, le commissaire Charitos est appelé pour constater le décès de quatre retraitées qui ne parvenaient plus à vivre de leur trop maigre pension. Ici, la mort a été volontaire, les causes en sont expliquées, par un mot laissé sur une table. Les cartes d’identité des retraitées sont aussi mises en évidence.

 

« Nous sommes quatre retraitées sans famille. Nous n’avons ni enfant, ni chien. D’abord on nous a réduit nos retraites, notre unique revenu. Puis nous avons cherché un médecin qui nous prescrive nos médicaments, mais les médecins étaient en grève. Quand ils les ont enfin prescrits, on nous a dit à la pharmacie que nos mutuelles n’ont plus d’argent et que nous devrons payer de notre poche. Nous avons compris que nous étions un poids pour l’Etat, les médecins, les pharmacies et toute la société. Nous partons pour vous éviter cette charge. Quatre retraitées en moins, cela vous aidera à mieux vivre ».

 

Le percepteur national

 

Mais, à Athènes, où Charitos est en charge des enquêtes criminelles, les morts violentes prennent, depuis que la crise s’approfondit, une tournure carrément politique. Un mystérieux vengeur signe ses missives « le percepteur national ». Il invite les gros fraudeurs à régler leur dette au fisc s’ils veulent rester en vie.  Après deux décès par injection de cigüe, les recettes du Trésor augmentent, au fur et à mesure de l’annonce des assassinats et de leur cause, par les médias. Beaucoup de destinataires de ces redressements préfèrent acquitter le fruit de leurs dissimulations plutôt que d’être « punis ». Le percepteur national devient progressivement un héros aux yeux de la population. Le commissaire Charitos est même prié de ralentir ses recherches par le ministre des Finances afin de permettre d’augmenter les rentrées d’argent. Tout va bien pour ce Robin des bois, jusqu’à ce qu’il demande un pourcentage sur les recettes imprévues encaissées par le Trésor, grâce à son action.

 

Petros Markaris rend très bien le fort ressentiment de la population envers ce nord de l’Europe qui lui fait la leçon. Il décrit très bien l’arrogance des mafieux et des profiteurs du système. Il exprime l’exaspération au bord de l’explosion de gens qui, parfois, ont lutté au péril de leur vie contre une dictature militaire et se retrouvent traités comme des gamins par des ministres pédants, aux abois.

 

Souhaitons que l’exemple Grec soit éclairant pour notre pays et notre Département où le coût de la vie est très élevé. Le recours à la Banque Alimentaire et aux distributions organisées par les associations caritatives voit malheureusement chaque année le nombre de personnes aidées s’accroitre.

 

 

A lire  : Liquidations à la Grecque,

            Le justicier d’Athènes,

            Pain, éducation, liberté

Le justicier d’Athènes de Petros Markaris
Le justicier d’Athènes de Petros Markaris
Le justicier d’Athènes de Petros Markaris

commentaires

GIVENCHY 15/01/2015 15:26

j'aime cet article , Grand Merci !

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